Réfléchir ensemble

Le syndrome d’aliénation parentale : un outil de la stratégie de défense des agresseurs

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Lorsqu’un violeur d’enfant veut assurer son impunité, il use de divers stratagèmes pour décrédibiliser la parole de l’enfant mais surtout pour obtenir à ses côtés des alliés. Une des modalités permettant notamment aux pères agresseurs de s’assurer de n’être pas condamnés et de pouvoir agresser de nouveau leurs enfants est l’usage du syndrome d’aliénation parentale.

Qu’est-ce donc que le syndrome d’aliénation parentale ?

Il s’agit d’une stratégie des agresseurs qui vise à mettre sous silence la parole des enfants victimes de violences sexuelles intra-familiales. Sa modalité de mise en oeuvre est simple : lors de la séparation d’un couple, l’enfant, enfin éloigné de son agresseur et donc mis en sécurité, va réussir à dénoncer auprès de son parent prévenant les viols et agressions sexuelles que lui a fait subir son parent agresseur.

Le parent prévenant, agissant aussitôt pour protéger son enfant, va se rendre au commissariat pour porter plainte. La procédure judiciaire se met alors en route. Et, en usant de ses droits de la défense, le parent agresseur va immobiliser la parole de l’enfant en accusant le parent prévenant de manipulation. L’idée est d’emporter l’adhésion de la justice et des juges sur le fait que le parent prévenant a réussi à convaincre son enfant d’accuser son autre parent d’actes de violences sexuelles à son encontre.

La parole de l’enfant sera alors littéralement remise en question.

Cette stratégie des agresseurs vise ainsi à faire dire que le parent prévenant a émis de fausses allégations afin d’obtenir des droits de garde sur ledit enfant. En effet, quoi de mieux que de faire croire à une querelle de couple à propos de la garde des enfants pour faire détourner du regard la justice et la société sur l’ensemble des souffrances endurées par les enfants victimes de violences sexuelles intra-familiales ?

La stratégie de défense des agresseurs et ses alliés

Toutes les stratégies de défense des agresseurs usent de mécanismes similaires pour assurer leur impunité. Ils veulent obtenir l’adhésion de la justice et du plus grand nombre à leurs arguments et pour cela, tous les arguments peuvent être bons.

L’un d’eux est d’user de la « science » pour justifier que sa conduite est irréprochable.

Les expertises judiciaires, qui sont indispensables, pour permettre au juge de prendre la meilleure décision qu’il soit pour protéger les enfants et trancher le litige qu’on lui a soumis, sont réalisées par des experts nommés. Pourtant, parmi eux, de la même manière qu’il y a des psychologues intègres, formés et doués des qualités nécessaires à la fonction judiciaire qu’ils vont temporairement exercer, il y a aussi des psychanalystes, des thérapeutes et d’autres personnes dont la « profession » est apparentée à celle d’un psychologue mais qui, en réalité, ne disposent d’aucune formation. Or, c’est en s’appuyant sur cette kyrielle d’experts que les agresseurs vont faire émettre des avis, des consultations, des rapports d’expertises qui vont montrer que leur comportements et conduites parentales sont intègres, que jamais ils n’ont agressé sexuellement leurs enfants et qu’ils sont les parents parfaits pour, au contraire du parent prévenant, s’occuper de leurs enfants.

Un autre argument est d’être accompagné par une association qui promeut le syndrome d’aliénation parentale. Dans ce cas, les alliés sont d’autres parents agresseurs, se disant victimes des parents prévenants. Cet indicateur, le fait que le parent agresseur soit accompagné par une association, un comité de soutien, qui défend ardemment le syndrome d’aliénation parentale ou les arguments du parent agresseur, doit-devrait en réalité interpellé grandement sur la posture du parent agresseur.

Car, en effet, pourquoi ne pas faire confiance aux enquêteurs qui ont réalisé les auditions des enfants en mettant en oeuvre une procédure désormais très spécifique ? Et invoquer que l’enfant est manipulé alors même que « tous les officiers de police judiciaire et agents de police judiciaire affectés au sein de la brigade de protection de la famille ont l’obligation de suivre une formation spécifique de vingt‐neuf jours effectués sur une période d’environ trois ans. Cette formation comprend six modules, dont deux relatifs aux aspects psychologiques et techniques de l’audition d’un mineur victime. Ces modules abordent le développement physique, langagier et intellectuel du mineur, ainsi que les techniques d’auditions. Il existe par ailleurs des modules facultatifs, permettant ainsi aux policiers intéressés et amenés à exercer ces fonctions durablement d’approfondir leurs connaissances. » (Voir la brochure du Ministère de la Justice Guide relatif à la prise en charge des mineurs victimes).

Pourquoi mettre en cause la parole de son propre enfant de manière indirecte ? Alors même que si la machine judiciaire s’est mise en oeuvre, c’est que suite aux auditions de l’enfant, la justice a constaté qu’il y avait suffisamment d’éléments pour poursuivre le parent agresseur.

Pourquoi invoquer le syndrome d’aliénation parentale ? Parce qu’il est un moyen de ne pas être condamné en faisant croire à une manipulation de l’enfant.

Le syndrome d’aliénation parentale : la négation de la parole de l’enfant

Le parent agresseur utilise donc avant tout le syndrome d’aliénation parentale pour détourner la lumière mise sur les violences sexuelles qu’il a fait subir à ses enfants et la faire pointer sur le parent prévenant. En détournant ainsi la lumière, il permet que la justice ferme ses oreilles sur les mots des enfants, ceux là même qui ont permis de dénoncer ce dont les enfants avaient été victimes.

Or, ce stratagème est notamment soutenu par la culture du viol et l’anesthésie sociétale à reconnaître, voir et entendre les souffrances dont sont victimes les enfants.

Il est en effet plus facile de dire qu’un enfant ment, plus tôt que d’apporter du crédit à sa parole et de devoir l’accompagner dans ses souffrances. Et, c’est exactement ce que la société soutient malgré le militantisme des associations de protection de l’enfance, de lutte contre les violences sexuelles et nombre de travailleurs sociaux à l’Aide sociale à l’enfance. Par ailleurs, cet argument de l’enfant menteur sera d’autant invoqué qu’il sera admis que « ce n’est pas de la faute de l’enfant si il ment, car il n’est justement qu’un enfant ». Alors, non seulement, ses mots seront mis sous silence mais bien plus, il sera ré-infantilisé, ré-objectifié et définitivement non protégé.

Et, cela est d’autant plus intolérable que l’une des conséquences, d’ailleurs constatée à de nombreuses reprises en pratique, est que pour « résoudre » la manipulation dont est victime l’enfant, le juge aux affaires familiales pourra décider de transférer la résidence de l’enfant chez le parent agresseur. Alors non seulement l’enfant devra vivre avec son parent agresseur, être de nouveau victime, mais en plus, jamais il ne pourra accéder à des soins spécifiques prenant en charge ses psycho-traumatismes, soins dont ils auraient tant besoin pour survivre.

Face au syndrome d’aliénation parentale, quelle place pour l’intérêt supérieur de l’enfant, son bien-être, ses mots et ses souffrances ? N’est-ce pas en réalité une violence de plus qu’on inflige à l’enfant lorsque la justice tranche le litige au profit du parent agresseur qui use de ce syndrome ? N’est-ce pas en réalité une manipulation des mots du droit, réussie avec habileté par les avocats du parent agresseur pour mettre sous silence les mots des enfants victimes ?

Or, cet enfant victime, lors de son audition, objective et impartiale, n’a fait que rapporter ce dont il.elle a pourtant été victime. Mais personne ne l’aurait entendu ? Personne ne l’aurait cru ?

Bien entendu, tout le monde l’a entendu et surtout les enquêteurs, de même que les magistrats qui ont décidé de poursuivre en justice le parent agresseur et cela d’autant que désormais les techniques d’audition des enquêteurs se sont affinées et que des protocoles doivent être respectés. Recourir à ce syndrome, c’est donc nier le professionnalisme de ces enquêteurs, formés à l’audition de mineur.es victimes.

Protocoles d’audition vs. syndrome d’aliénation parentale

« Plusieurs protocoles d’audition ont été développés et notamment l’entretien cognitif modifié et le NICHD (National institute of child health and human development) qui ont en commun de s’articuler autour de quatre principales phases : la prise de contact, le rappel libre des faits, le questionnement spécifique et la clôture de l’entrevue.

Lors de la phase de prise de contact, l’enquêteur ou le magistrat doit mettre en confiance le mineur et le mettre à l’aise.

Il doit ainsi l’inviter à relater un événement neutre comme son activité préférée. Cette phase permet également d’apprécier sa capacité à raconter une scène et son niveau de vocabulaire. Il convient aussi de lui présenter les personnes présentes et le matériel utilisé ainsi que le déroulement de l’audition à venir. Il est nécessaire en outre de lui expliquer les règles à respecter au cours de l’audition et notamment de lui préciser qu’il peut répondre qu’il ne comprend pas la question ou qu’il ne connaît pas la réponse. La phase de rappel libre permet à la victime de fournir des réponses plus longues que celles données suites à un questionnement spécifique.

Dans le protocole NICHD, il est recommandé de faire précéder cette phase d’une phase d’entraînement à la mémoire épisodique, fondée sur la narration détaillée d’un événement spécifique qui se serait produit durant la même période que les faits.

Lors de la phase de questionnement spécifique, il est recommandé de ne poser que des questions ouvertes, structurées sur la base des informations transmises précédemment par le mineur. Il convient également d’éviter les questions à choix forcé, celles comprenant plusieurs idées ainsi que les questions contenant le terme « pourquoi », qui peuvent être interprétées comme des accusations par le mineur.

La phase de clôture permet de résumer les informations transmises par le mineur, afin que ce dernier puisse corriger ou compléter ces éléments, et d’expliquer au mineur les suites de la procédure.

Les formations dispensées actuellement par la police et la gendarmerie nationales préconisent de procéder à un entretien par étapes successives ainsi qu’à un entretien cognitif. Prochainement, la formation de la police nationale inclura le protocole NICHD, développé au Canada et adopté dans de nombreux pays.

D’après les différentes études menées relativement à ce protocole, il permet de réduire les comportements suggestifs des personnes interrogeant le mineur et d’augmenter la qualité du témoignage par la précision et la quantité des détails fournis.

Le plus important, quelle que soit la technique utilisée, est de respecter le rythme du mineur, ne pas l’assaillir de questions, de lui laisser le temps de réfléchir à ses réponses et d’accepter, parfois, que des silences se prolongent.

Des techniques non‐verbales ont également été mises en place, notamment pour permettre l’audition des mineurs les plus jeunes ne maîtrisant pas totalement le langage ou ceux qui restent mutiques. Il existe deux types de techniques non‐verbales : les techniques d’aide à la communication de type poupées anatomiques et dessins du corps humains et les techniques d’aide à la remémoration des faits tels que les dessins des faits ou les croquis.

Concernant les premières, aucune étude scientifique n’a pu démontrer leur efficacité. Au contraire, s’agissant de l’utilisation de poupées sexuées, certaines études ont conclu qu’elle pouvait entraîner des erreurs ou des détails fantaisistes. L’utilisation de dessins anatomiques semble moins critiquée et elle peut même permettre l’obtention d’informations supplémentaires, sous réserve que le mineur soit en capacité de comprendre que le dessin est une représentation symbolique de son corps et que le questionnement réalisé sur la base de ce dessin soit adapté et ne comporte notamment que des questions ouvertes.

Les secondes techniques non‐verbales permettent au mineur de générer lui‐même les indices lui permettant de se souvenir des faits. Elles l’aident à détailler son compte‐rendu d’une part lors de la réalisation du dessin ou croquis puis dans la phase de description par l’enfant du dessin réalisé. Elles peuvent être utilisées en complément des techniques verbales, lors de la phase du récit libre. » (Voir la brochure du Ministère de la Justice Guide relatif à la prise en charge des mineurs victimes).

Voici donc exactement ce à quoi sont soumis les enfants victimes de violences sexuelles intra-familiales. Ils. elles subissent des auditions qui suivent des protocoles strictes et qui ont prouvé leur efficacité pour leur permettre de révéler ce dont ils.elles ont véritablement été victimes.

Or, dans ces conditions, comment considérer que l’enfant a menti ?

Comment croire que l’enfant a tout inventé ?

Comment faire croire que le syndrome d’aliénation parentale est si puissant qu’il empêche les enquêteurs de voir la manipulation dont l’enfant aurait été victime ?

Le syndrome d’aliénation parentale n’est définitivement qu’une stratégie de plus de défense des agresseurs et violeurs d’enfants.

N’en doutez plus.

Aller plus loin :

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