Réfléchir ensemble

Sentir et ressentir : les bases pour prévenir les violences sexuelles

Prévenir les violences sexuelles dont pourrait être victime un enfant, c’est déjà permettre à tout enfant de sentir et de ressentir. De sentir et ressentir ce qui lui est agréable et ce qui lui est désagréable. Et, c’est aussi l’aider à mettre en mot ses ressentis.

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Sentir ou l’histoire des petites antennes

Sentir vient du latin sentire qui signifie percevoir par les sens. Sentir fait donc appel à nos cinq sens. C’est donc voir, entendre, toucher notamment mais pas que.

Au Collectif féministe contre le viol, on explique aux appelantes y compris mineures que tout enfant naît avec des petites antennes. Ces petites antennes permettent à tout bébé, tout enfant, toute personne de sentir ce qu’il se passe. C’est-à-dire de sentir par le biais de ses sens cet extérieur qui vient à lui, à elle.

Et, c’est grâce à ses petites antennes que l’enfant est en mesure aussi de sentir ce qui ne va pas, qu’il y a un danger. Ce ne sont pas seulement ses poils sur ses bras qui vont se redresser, sa vue qui va se fixer et être plus attentive, son ouï qui se fera plus sensible ou encore le goût dans sa bouche qui se fera plus amer, c’est aussi son instinct qui va lui parler et lui adresser un message. Le message, que là, dans cette situation, il y a quelque chose, que ça fait non, qu’il y a un danger et cela même si l’enfant n’est pas en mesure d’identifier la nature réelle du danger qui se présente à lui.

C’est comme si tout à la fois son corps et sa petite voix intérieure lui parlaient. Pourtant, bien souvent et même si le petit enfant est lui en mesure souvent d’exprimer ce qu’il sent ou ressent, trop souvent, l’enfant va réprimer ce qu’il entend. Il n’entendra pas ou plus son intuition. Pourquoi ? Car, dans l’éducation qu’il aura reçu peut être qu’une place insuffisante aura été faite à la verbalisation de ses sensations et ressentis, peut être qu’il n’y aura pas été autorisé.

Alors, pourquoi ne pas l’aider, le conforter et lui permettre de re-sentir pour se prémunir des dangers ?

Re-sentir ou l’apprentissage des sensations du corps

Apprendre à identifier et reconnaître ce qui se passe dans son corps, c’est réussir à se recentrer sur l’intérieur de soi et à entendre. C’est se donner confiance, c’est s’accorder de la valeur, de l’importance, c’est s’admettre en tant qu’être humain, c’est oser s’exprimer et dire ce qu’il a à l’intérieur.

Pour aider les enfants à re-sentir, Richard Goldfarb sur son blog Le singe pèlerin dédié aux pratiques pour harmoniser le corps et l’esprit, Taiji, Qi Gong et sophrologie notamment nous propose des petits jeux de relaxation pour les enfants qui leur permettent de se ré-unir.

Il nous explique : « la relaxation par le jeu procure aux enfants un état de bien-être, de calme et de concentration. Elle diminue le stress musculaire et mental, amène une meilleure qualité d’écoute et permet d’augmenter la confiance en soi. »

Il nous propose plusieurs jeux à intégrer à notre routine quotidienne, au retour de l’école ou à l’heure du dodo. Pour cela, il nous explique : « l’enfant doit pouvoir pratiquer les exercices de relaxation à sa manière, n’étant ni corrigé ni jugé, il ne sera jamais surpris ni pris en défaut… le mieux au début est de pratiquer avec lui, les yeux fermés, garantie de votre empathie et de votre respect pour lui… »

Avec l’autorisation de l’auteur, nous reproduisons ici ses instructions pour accompagner les enfants dans des jeux de relaxation.

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La chaise berçante

Objectif : Amener l’enfant à un état de calme par des mouvements de balancement

Explication du jeu à l’enfant :

  • Assieds-toi par terre.
  • Maintenant, tu fais comme si tu étais une chaise berçante; tu plies tes jambes et tu balances doucement ton corps de l’avant vers l’arrière et de l’arrière vers l’avant.
  • Tu te berces tout doucement. (Laisser les enfants se bercer durant quelques minutes).
  • Quand tu le décides, tu fais semblant que tu t’endors. Alors, tu arrêtes de te bercer et tu te reposes. Tu peux faire semblant de dormir les yeux ouverts. C’est toi qui décides.
  • Quand je vois que tu te reposes, que tu fais bien semblant de dormir, que tu ne bouges plus, j’envoie un petit papillon se poser sur ton épaule. Le petit papillon, c’est moi qui le fais avec ma main. Quand le papillon se pose sur ton épaule, tu te réveilles doucement.
  • Une fois que tu es réveillé, tu peux te promener lentement et revenir t’asseoir ou tu peux continuer à te reposer.
  • (Facultatif) Lorsque je jouerai du tambourin ou de la flûte (vous pouvez aussi taper des mains ou allumer la lumière), tu te lèves parce que le jeu est terminé.

Remarques: voici quelques variantes à ce jeu: les enfants peuvent aussi se coucher pour mimer la berceuse. Dans ce cas, ils ramènent les cuisses sur leur ventre et les tiennent doucement à l’aide de leurs bras. Ils peuvent également utiliser la position debout. De plus, le mouvement de va-et-vient peut se faire d’un côté à l’autre.


Dur, dur, mou, mou pieds-enfants

Objectif : Amener l’enfant à relâcher différentes parties de son corps en exécutant des actions de contraction et de relâchement.

Explication du jeu à l’enfant :

  • Tu t’étends sur le dos, les jambes allongées, les pieds décroisés. Tu places les bras de chaque côté de ton corps, c’est-à-dire allongés à côté de tes cuisses.
  • Dur, dur! Tu fermes les poings et tu mets plein de force dans tes bras. Tu pointes les pieds et tu mets plein de force dans tes cuisses et tes jambes. Ton corps est dur, dur.
  • Mou, mou! Tu détends tes pieds, tes cuisses et tes jambes. Tu détends aussi tes mains et tes bras. Ton corps est mou, mou.
  • Dur, dur! Tu serres les poings. Tes bras sont durs, durs comme du fer. En même temps, tu pointes tes pieds; tes cuisses et tes jambes sont dures, dures comme une brique.
  • Mou, mou! Tu détends ton corps, tu es mou, mou.
  • Dur, dur! (Laisser les enfants se durcir durant quelques secondes).
  • Mou, mou!
  • Maintenant, je te laisse un peu de temps pour te reposer.
  • (Facultatif) Quand je jouerai du tambourin ou de la flûte (vous pouvez aussi taper des mains ou allumer la lumière), cela voudra dire que le jeu est terminé.

La fourmi fourmi

Objectif : Amener l’enfant à la tranquillité par l’adoption d’une position de relâchement

Explication du jeu à l’enfant :

  • Tu es bien assis
  • Quand je dirai «Au jeu!», tu commenceras à faire un château de sable avec ton corps pour abriter les fourmis.
  • «Au jeu!» Tu penches ta tête vers l’avant (tu peux la placer par terre ou sur un coussin). Tu places ton dos, tes bras et tes mains pour former un château de sable, à ta manière.
  • Tu peux faire le château que tu veux. C’est toi qui décides.
  • Quand je vois que ton château est bien formé, qu’il est tout tranquille, je vais laisser la petite fourmi entrer. Je fais la fourmi avec ma main. (Faites monter les doigts l’un après l’autre sur le dos de l’enfant jusqu’aux épaules).
  • Quand la fourmi touche à ton épaule, tu peux t’asseoir calmement.

Les questions enfant-qui-setire

Objectif : Amener l’enfant à se délasser par des mouvements d’étirement, de relâchement et d’affaissement.

Explication du jeu à l’enfant :

  • Je vais te poser des questions et tu répondras en faisant un signe exagéré. Voici les signes :
    • Pour dire «oui», tu t’étireras vers le haut
    • Pour dire «non», tu laisseras tomber ton corps vers l’avant en pliant un peu les genoux.
    • Pour dire «je ne sais pas», tu lèveras les épaules.
  • Quand je dirai une phrase contenant le mot «peut-être», par exemple : «Demain, c’est congé, j’irai peut-être au cinéma», tu te placeras debout, les bras de chaque côté du corps, le dos bien droit, la tête bien droite, les épaules relâchées.
  • Quand je taperai dans mes mains, tu pourras marcher lentement. Le jeu sera terminé.

Note : Composez des questions pour obtenir les réponses voulues. Rappelez aux enfants les gestes à faire.


La soupe chaude soupe

Objectif : Amener l’enfant à la tranquillité en utilisant sa respiration

Explication du jeu à l’enfant :

  • Tu fais semblant que tu as un bol de soupe très chaude entre les mains.
  • Attention! La soupe est brûlante! Tu prends une grande inspiration en gonflant ton ventre et en levant les épaules (Attendre trois ou quatre secondes)
  • Maintenant, tu souffles doucement sur ta soupe pour la faire refroidir. En soufflant, tes épaules redescendent et ton ventre redevient plat ou il se creuse.
  • C’est encore trop chaud! Tu reprends une grande inspiration et tu souffles doucement sur ta soupe.

Refaire l’exercice trois ou quatre fois

  • Maintenant, la soupe est juste à point! Tu fais «Hummm!» en levant ton bol. Tu bois ta soupe en prenant une grande inspiration et en gonflant ton ventre.
  • Quand tu as bu toute ta soupe, tu déposes ton bol devant toi. Tu descends doucement tes bras en expirant et en creusant ton ventre. Tu peux faire du bruit avec ta bouche tout en restant poli. Ensuite, tu croises tes bras.
  • Quand tu auras terminé ton bol et que tu auras les bras croisés, je taperai des mains. Cela voudra dire que le jeu sera terminé.

Le polichinelle à partir de 6-7 ans polichinelle

C’est un exercice dérivé de la sophrologie. Le but est de faire découvrir le corps à l’enfant en faisant émerger le plaisir de la détente corporelle.

Il peut être réalisé en rentrant de l’école, lorque l’enfant se met à l’aise en changeant ses vêtements…

Debout, le jeu consiste à sautiller sur place comme un polichinelle, un pantin totalement désarticulé. Les épaules relachées, les bras ballants, la tête souple, l’enfant sautille comme il veut… Dès qu’il veut s’arrêter, il s’allonge au sol (tapis, moquette, couverture) en fermant les paupières…

Il vit alors son corps : que te raconte ton corps?  que sens-tu ? quelles parties de ton corps te parlent ?…. souris à ton corps, il t’a bien amusé…. repose-toi maintenant, sens le calme dans tout ton corps, la tête, les bras , les pieds… Dès que tu en auras envie, tu ouvriras les yeux et tu vas t’étirer comme un chat, comme si tu avais fais un gros somme et tu pourras te lever en pleine forme pour continuer ce que tu as à faire….

Cinq minutes ou un peu plus sont suffisantes…. Il vaut mieux répéter les exercices plutôt que de faire un exercice longtemps une fois. Voici de plus quelques remarques et conseils :

  • Rappelez-vous qu’après un effort intellectuel ou physique intense, la relaxation permet à l’enfant d’atteindre un état de bien-être et de calme qui lui permettra d’entamer harmonieusement sa prochaine activité.
  • Riez. Le rire constitue en soi un excellent exercice pulmonaire et musculaire. Il peut également aider les enfants à se libérer de leur gêne, de leur anxiété et à évacuer leur trop-plein d’émotions. Encouragez-les donc à rire au début des jeux.
  • Les enfants apprenant surtout par l’exemple, efforcez-vous d’être vous-même calme et détendu pour l’activité. Une voix posée et quelques moments de silence sont des ingrédients essentiels.
  • Répétez le même jeu plusieurs fois afin que les enfants se sentent à l’aise et s’en souviennent quand ils en auront besoin personnellement. De plus, cette répétition leur permettra de se sentir rassuré durant la détente.
  • Ne négligez pas l’importance de la respiration. Au cours de tous les jeux de relaxation, demandez d’abord aux enfants d’expirer pour nettoyer leurs poumons et d’inspirer profondément.
  • Chaque être humain devrait accorder à son corps une séance de relaxation de 20 minutes tous les jours. Chez les enfants, il convient de morceler cette séance en plusieurs courtes périodes. Vous pouvez donc facilement faire quatre ou cinq jeux avec vos petits, chaque jour, à des moments que vous jugerez opportuns de part et d’autre (quand les enfants sont agités, avant le dodo, etc.).

Mettre en mots les ressentis ou les mots-cadeaux

En grandissant les enfants acquièrent progressivement du vocabulaire mais bien souvent, celui-ci ne leur permet pas d’exprimer clairement ce qu’ils ressentent à l’intérieur. Il leur manque des mots.

Alors, pour les aider, voici une idée originale : faire des mots-cadeaux.

mots-cadeaux

Dans l’ouvrage d’Isabelle Filliozat Que se passe-t-il en moi ? Apprendre à gérer ses émotions, à les comprendre, pour vivre librement selon son coeur, que nous vous invitons à lire avec attention, le premier chapitre est consacré au vocabulaire.

Pourquoi ? Car comme elle l’explique en propos introductifs, « nos émotions nous confèrent notre véritable liberté intérieure. Instruments d’affirmation de notre place et de nos valeurs, moteurs de nos actions, nos émotions sont essentielles. A l’écoute de ses affects, l’être humain hésite à se soumettre aveuglément à la volonté des puissants. Il s’écoute ! Il écoute son coeur. Si la colère lui est permise, une victime n’intériorise pas son rôle et se rebelle ».

Isabelle Filliozat nous invite donc à faire un petit exercice et à proposer nos définitions des mots : sensation, émotion, sentiment, humeur et tempérament.

Puis, afin de nous aider, elle nous offre une liste de mots. Ce sont les mots-cadeaux. Ce sont les mots pour dire ce que l’on ressent, quelles sont nos émotions, quels sont nos sentiments, quelles sont nos humeurs et quels sont nos tempéraments.

Parmi tous ces mots-cadeaux, nous en avons choisi quelques uns sur lesquels il pourra être intéressant de réfléchir. Ils pourraient être transmis dans une petite enveloppe cachetée à l’attention de votre enfant, tel un trésor et permettre d’engager une discussion sur l’importance de soi :

  • sensations : piquant, bruyant, noeud à l’estomac
  • émotions : joie, amour
  • sentiments : défiance, ressentiment, agacement
  • humeurs : joyeuse, gaie
  • tempéraments : doux, violent, calme, agressif

Même si la vigilance des parents reste toujours de mise, sentir et ressentir sont des bases essentielles pour aider un enfant à s’auto-protéger. Dans cette campagne de prévention des violences sexuelles très connue et qui a prouvé son efficacité, les comédiens montrent aux enfants l’importance de leurs ressentis. Est-ce que ça te fait oui ou ça te fait non en dedans, c’est-à-dire à l’intérieur de toi. Oui et non, voici les deux mots-cadeaux offerts aux enfants.

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