Réfléchir ensemble

Entendre les révélations des enfants

Dans beaucoup de livrets, d’ouvrages ou encore de campagne de prévention des violences sexuelles, la lumière est mise sur l’importance pour l’enfant de parler.

L’objectif est donc que l’enfant parle. Ose donc parler ! Voici l’injonction à laquelle il.elle doit répondre.

Pourtant, en réalité, à tout instant les enfants parlent. Ils nous parlent.

A tout instant, ils disent ce qui ne va pas, combien ils se sentent mal, combien ils souffrent. Ils nous le disent avec leurs mots, leurs cris, leurs silences. Ils nous le crient avec les mouvements de leurs corps. Et, ça se voit.

En fin de compte, tout en eux parle.

Depuis longtemps déjà, des listes ont été dressées des « conduites », des « symptômes » des enfants victimes de violences sexuelles.

Chez les plus jeunes, on sait que des comportements sexuels inappropriés, un changement brutal de comportement, des symptômes régressifs, l’apparition soudaine de comportements de peurs et de phobie, des douleurs, des lésions et symptômes génito-urinaires, des troubles du sommeil, de la concentration, de l’attention sont des manifestations de la parole de l’enfant qui crie sa souffrance à tous.

Chez l’adolescent, de la même manière et en plus de cette palette de comportements qui montre que l’enfant a été victime de violences sexuelles, il y a leurs conduites à risques (accidents, jeux dangereux, actes de délinquances, violences aiguës, conduites addictives…), leurs conduites auto-agressives, leurs troubles de l’humeur ou de la personnalité, leurs troubles des comportements alimentaires, leurs troubles du sommeil, leurs échecs scolaires ainsi que nombres de symptômes somatiques.

Toutes ces conduites sont langage. Tous ces comportements ne sont que leurs mots que personne ne parvient à entendre ou plutôt que personne ne veut, ni ne souhaite entendre.

Prévenir les violences sexuelles, c’est donc non pas expliquer à l’enfant qu’il doit parler de lui même des violences sexuelles qu’il subit, c’est surtout réussir à entendre ses révélations.

Car, dans la très grande majorité des cas, dans l’entourage de l’enfant, il y aura quelqu’un qui aura vu, qui se sera interrogé, qui aura des doutes, qui se sera demandé ce qu’il se passe.

Ce peut être l’un des parents,  un frère, une soeur, une grand-mère, un.e voisin.e, ce peut être la baby-sitter, ce peut être un.e enseignant.e, ce peut être un médecin.

Et, du coup, la question n’est pas de savoir à qui l’enfant va oser parler, mais qui va oser lui poser la question : as-tu été victime de violences sexuelles ? Est-ce que quelqu’un t’a demandé de lui toucher son sexe ? Est-ce que quelqu’un t’a touché ton sexe ?

Dans sa fiche de prévention des violences sexuelles que nous avons synthétisé, le Dr Salmona donne deux conseils pour prévenir les violences sexuelles :

  1. expliquer pour avertir
  2. questionner pour protéger

C’est parce que vous poserez la question à un enfant, que vous oserez lui demander si il.elle a été victime que celui-ci/celle-ci vous confirmera en mots que oui, toutes ses attitudes, toutes ses émotions qui sortaient de lui.elle sans qu’il.elle n’y puisse rien, tous ses comportements n’étaient que le reflet de ses souffrances intérieures dont personne jusque là ne se souciait.

Bien souvent, et y compris des professionnel.les ne savent pas comment poser la question ? Par quel bout commencer une discussion ?

Pourtant, en chacun de nous, il existe cette faculté qu’on appelle l’empathie et qui permet simplement de demander « est-ce que tu vas bien ? » ou de dire « ça n’a pas l’air d’aller » et d’entamer une discussion. Car, questionner est la seule façon de protéger un.e enfant.

C’est alors ouvrir une brèche dans la réalité de ce que vit l’enfant. C’est lui donner la possibilité s’il ne peut vous parler une première fois qu’il vous parle une seconde fois. C’est surtout dépasser vos peurs intérieures quant au bien fondé de votre action vis-à-vis de cet enfant.

La nature humaine, c’est vivre ensemble. Donc, la nature humaine, votre nature, notre nature, c’est de faire attention à l’autre et surtout aux plus-petits.

Oui, lorsque vous osez questionner un enfant pour savoir s’il a été victime de violences sexuelles, votre démarche est avant tout une démarche de protection de cet enfant, protection à laquelle il.elle a non seulement droit mais dont vous êtes aussi, comme tout un chacun, le.la garant.e.

Lorsque vous avez cette attitude empathique et bienveillante avec lui.elle, que vous choisissez de lui tendre la main, lorsque vous prenez le temps d’écouter les souffrances d’un.e enfant, vous faites ce que tous nous devrions faire : oser parler à cet enfant qui souffre et lui demander d’où viennent ses souffrances.

Parfois, certaines personnes ne veulent pas entendre, ni voir car cela est trop difficile pour elles. Admettre qu’à proximité d’elles, un.e enfant est victime de violences sexuelles est insoutenable. Connaître son agresseur est inimaginable et imaginer ses souffrances endurées est tout bonnement insupportable.

Pourtant, lorsque vous écoutez attentivement ce qui se joue en vous lorsque vous voyez cet.te enfant pour lequel ou laquelle vous avez un doute, lorsqu’une toute petite voix vous dit intérieurement qu’il se passe quelque chose, qu’il y a un truc qui cloche dans cette situation que vous constatez, c’est justement que vous avez pointé du doigt l’origine des souffrances de cet.te enfant.

Ce sera donc à vous d’oser dire et dénoncer ce dont cet.te enfant est victime. Ce sera à vous de prendre la parole pour dire qu’il se passe quelque chose et que ce n’est pas normal. Il vous reviendra cette responsabilité que nous partageons tous de protéger cet.te enfant.

Pour vous aider à dire, il existe plusieurs possibilités :

  • appeler le 119 (anonyme et gratuit, 24h/24),
  • contacter le Collectif féministe contre le viol (0.800.05.95.95 anonyme et gratuit du lundi au vendredi de 10h à 19h),
  • écrire au procureur de la République
  • écrire au service de protection de l’enfance de votre département

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Dans tous les cas, vous n’êtes ni un enquêteur, ni un juge. Par contre, vous êtes cette personne bienveillante qui ne peut fermer les yeux sur les souffrances d’un enfant. Et, en cela, nous sommes tous concernés et nous vous en sommes reconnaissant.es.

En vous, il existe cette ressource à laquelle vous pouvez toujours vous raccrocher, tout comme au bon sens, qui est que si cela avait été vous, enfant, vous auriez aimé et souhaité être protégé.e. Plus encore, vous auriez aimé qu’on vous considère comme un être humain et que chacun respecte vos droits, votre corps.

Dans de telles circonstances, la crainte et le doute doivent laisser place à l’obligation que pose la loi : quiconque ayant connaissance d’un crime dont il est encore possible de prévenir ou de limiter les effets doit informer les autorités judiciaires ou administratives.

Cette obligation légale dont on parle peu doit être entendue comme vous autorisant pleinement à protéger tout enfant.

Ensemble, osons dénoncer et prendre la parole pour que les enfants soient protégés et respectés.

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