Réfléchir ensemble

L’injonction au jeu

Depuis quelques mois maintenant, nous suivons attentivement les articles publiés par Cécile du site Léo Melrose. Cécile est une spécialise de la parentalité ludique. Elle anime des conférences mais aussi une formation en ligne afin de venir en aide aux parents et de leur apporter une autre façon de communiquer avec leurs enfants.

cecile-amiel-leo-melroseDans le top 4 de ses articles consultés sur son blog, il y a :

1- L’approche de la parentalité ludique par rapport à l’obéissance
2- Le pourquoi des crises de colère et les premières clefs pour les gérer
3- Comment réagir face aux oppositions de nos enfants
4- Un exemple concret de jeu pour créer le lien vital dont nos enfants ont besoin et obtenir leur coopération

Mais alors, qu’en est-il de l’injonction au jeu ? Alors que Cécile l’explique : le jeu est vital et il est l’outil de communication de l’enfant. Lorsqu’un enfant est renvoyé dans sa chambre pour jouer. Lorsqu’il entend « allez, va jouer, j’ai à faire », entre alors en concurrence la satisfaction du besoin de l’enfant qui vient voir son parent et la satisfaction du besoin du parent qui a à faire.

En matière de prévention des violences sexuelles, le jeu est également un outil pour transmettre des messages de prévention.

Dans ce contexte questionnant, Cécile a accepté de répondre à nos questions sur l’injonction au jeu.

1) « Allez, va jouer, j’ai à faire », comment comprenez-vous cette injonction ?

Cécile :

« Nous vivons dans un monde stressant avec de moins en moins de temps pour en faire toujours plus. Et quand les parents rentrent à la maison le soir, le nombre de tâches est démultiplié par rapport au temps imparti pour les faire ce qui génère forcement des tensions.

Si l’on ajoute à cela le cumul de fatigue et tensions de la journée, celles des adultes et celles des enfants, cela fait beaucoup de poids sur les épaules des parents et particulièrement des mamans. Difficile dans ces conditions de répondre à la fois à nos besoins de femme tout en répondant à ceux de nos enfants qui ont besoin de temps avec nous.

D’un autre côté, je pense aussi que décider de devenir parent est une responsabilité dont de nombreuses personnes sous-estiment le poids avant d’avoir leur premier enfant et parfois même après avoir eu leur premier enfant, notamment lorsque l’aîné n’a posé aucun problème particulier.

Avec mon mari, compte tenu de la vie que nous menions il y a quelques années (travail à plein temps, déplacements professionnels fréquents, etc.) nous avons fait le choix d’avoir un enfant unique. Et avec le recul, je pense que cela a préservé notre santé, notre couple, notre vie de famille et l’attention que nous pouvions donner à Luce, notre fille, qui a aujourd’hui 10 ans.

Je me souviens également qu’à l’époque où nous nous sommes posé la question d’un second enfant, nous n’étions pas les seuls à réfléchir sur le sujet pour nous ; combien de fois ai-je entendu de la bouche des personnes de notre entourage « à quand le deuxième ? ».

Une collègue s’est même indignée le jour où je lui ai dit que nous n’aurions qu’un seul enfant, trouvant notre décision égoïste pour notre fille… Chacun ses filtres et son schéma de pensée, personnellement j’assume complètement ce choix.

Est-ce que cela signifie que le fait d’avoir plusieurs enfants est un choix inconscient compte tenu du rythme de vie que la plupart des parents vivent actuellement ?

Non, bien entendu, et je suis d’ailleurs admirative du niveau d’énergie et d’organisation de nombreux parents qui arrivent à concilier vie personnelle, professionnelle tout en ayant à cœur de construire une belle relation avec leurs enfants. Ce sont des exemples très inspirants pour moi.

Mais je pense que ce choix doit être conscient.

Or, je ne suis pas sûre que ce soit le cas dans toutes les familles… qui ne prennent pas le temps de se poser cette simple question : Pourquoi est-ce que nous voulons avoir un second enfant ?

Ressentir cet appel et savoir que je vais pouvoir l’accompagner au mieux quel que soit le contexte, faire ce choix éclairé d’amour en toute conscience, est une belle façon de poser les fondations d’une vie de famille épanouissante.

La contrainte manque de temps-fatigue-fratrie est la même que l’on ait fait ce choix en conscience ou non, mais dans le second cas, elle est bien plus difficile à gérer. Et un parent peut vite se retrouver à subir les situations du quotidien et reproduire le schéma d’éducation vécu avec ses propres parents sans prendre le temps de réfléchir aux alternatives pour sortir du rapport de force.

Il en résulte des réactions du type : « va jouer dans ta chambre, je suis occupée ». »

2) En parentalité ludique, n’est-ce pas nuire à la coopération qu’il est possible de mettre en place avec son enfant ?

Cécile :

« Bien entendu ce type de réaction est à l’opposé de ce qui fait que nos enfants coopèrent. L’enfant est pénalisé parce qu’il ne passe pas ce temps indispensable avec sa maman ou son papa qui remplirait son besoin d’affection, et le parent est pénalisé parce que l’enfant s’oppose au lieu de coopérer.

Fonder notre relation avec nos enfants sur la peur, être dans le rapport de force, est totalement contre-productif et nuit non seulement à la qualité de la relation avec nos enfants mais également à la bonne ambiance au sein de la famille. Il en résulte des tensions, des crises de colère inutiles, et une perte de temps et d’énergie colossale chez le parent qui en manque déjà…

Avec la parentalité ludique, on aborde le quotidien d’une façon complètement différente.

D’abord, on comprend que le jeu est le langage de nos enfants et que ce n’est pas simplement une activité à laquelle nos enfants s’adonnent pour passer leur temps et se distraire…

Le jeu est pour les enfants ce que le langage verbal est aux adultes. C’est le moyen que nos enfants utilisent pour nous « raconter » leur journée, celui par lequel ils nous font part de leurs petits bonheurs, de leurs soucis quotidiens et parfois de leurs traumatismes.

Prendre le temps de jouer avec nos enfants, c’est leur donner la parole en quelque sorte.

Et puis le jeu est également l’un des meilleurs moyens que je connaisse pour aider nos enfants à se libérer des émotions intenses qu’ils enfouissent en eux lorsqu’ils n’ont pas pu les exprimer sur le moment. Que ce soit la frustration de ne pas arriver à emboîter des objets alors que les plus grands y arrivent, la peur face au chien qui aboie dans la rue ou la colère lorsqu’il se fait chiper son jouet par un autre enfant à la crèche ou à l’école… Jouer avec nos enfants, c’est leur offrir la possibilité de se réparer de toutes ces situations et de se libérer en riant. »

3) Quels conseils pourriez-vous donner aux parents qui ne savent plus comment gérer le quotidien et renvoient leurs enfants dans leur chambre pour jouer ?

Cécile :

« Prendre conscience de la puissance du jeu comme moyen de communiquer efficacement avec nos enfants est une première étape pour amorcer le changement. Ce n’est qu’à partir de là que l’on peut choisir en conscience de poser de nouvelles intentions, à commencer par vivre une relation plus équilibrée parent-enfant.

Ensuite, on va se servir du jeu pour se connecter à nos enfants et entrer dans leur monde. Ce n’est pas forcement quelque chose d’évident pour les parents parce qu’ils ne jouent plus depuis l’enfance, ou parce que leurs parents ne jouaient pas avec eux, ou encore parce qu’ils n’ont pas d’idée de jeu.

Mais acquérir un état d’esprit ludique s’apprend et avec la bonne méthode et les bons outils, on arrive en quelques jours seulement à mettre plus de légèreté et de joie dans notre vie de famille.

Avec la pratique, on prend de bonnes habitudes et le réflexe ludique vient naturellement. Et surtout on prend de plus en plus de plaisir à communiquer de façon ludique au quotidien. Je le constate avec les membres de mes formations y compris chez les parents qui n’avaient pas envie de jouer à priori.

Pourquoi ? Simplement parce que la nature de leur relation avec leurs enfants change et du coup le comportement de leurs enfants change également : moins de pleurnicheries, moins de crises, plus de rires et de joie… et cela change du tout au tout l’ambiance au sein de la cellule familiale. »

Un grand merci à Cécile pour ces réponses précieuses et éclairantes.

Aller plus loin :

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