Réfléchir ensemble

La colonisation pornographique ou comment prévenir sans parler sexualité

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Il est un constat plus qu’alarmant : la pornographie a colonisé nos esprits. Or, en matière de prévention des violences sexuelles commises à l’encontre des enfants, la colonisation pornographique est notamment une des raisons pour lesquelles il est si difficile pour un parent de prendre la parole sur ce sujet et de prévenir, avec des mots adaptés, ces violences.

On sait aussi, cela a été prouvé à plusieurs reprises, que la pornographie est une des armes de mise sous terreur utilisée par les agresseurs, violeurs et autres incestueurs envers leurs victimes, les enfants, pour les paralyser, choquer, apeurer, créer en eux une excitation sexuelle qu’ils.elles ne pourront ni comprendre ni maîtriser ni surmonter.

On sait aussi, cela a été constaté à plusieurs reprises, que la pornographie visionnée par les adolescents peut être l’une des causes des viols et autres agressions sexuelles commises par eux. Pour rappel, 1 agresseur sexuel sur 4 a moins de 18 ans.

Enfin et c’est ce dont on parle moins, la pornographie, le marketing pornographique, dont l’effet est une hypersexualisation presque tolérée ou plutôt anesthésiante de la société a créée dans le langage un double discours : un discours classique (familier, courant, soutenu) et un discours pornographique (comme une adhésion implicite non contestée à l’hypersexualisation).

Or, ce sont les mots qui permettent de prévenir et lorsque ceux-ci véhiculent non une idée précise mais implicitement un discours sexualisé, alors, la communication sera forcément biaisée, non authentique, voir elle deviendra impossible. Le langage ne sera alors plus le support de la transmission d’un idée protectrice, d’un message de prévention, il invitera au contraire au silence, à sa non-utilisation, comme une soudaine pudeur, auto-interdiction à prononcer tel ou tel mot. Il créera un malaise pour celui ou celle qui souhaitera l’employer, ou osera le faire et c’est ainsi que le parent, mis mal à l’aise, n’osera plus dire de mots de prévention.

Quel parent ou accompagnant prévenant n’a pas vécu un jour la situation dans laquelle son enfant ou un enfant n’a pas correctement articulé un mot ? Créant un trouble dans l’esprit du parent ou de l’accompagnant alors que l’enfant n’avait pas du tout un langage sexualisé, bien au contraire ? Et, cela même si le parent se défend de ne jamais regarder de violences sexuelles filmées, dites pornographie.

Et, lorsque les enfants grandissent ces situations sont encore plus flagrantes. Alors, on demande : « qu’as-tu dit ? », « de quoi parles-tu? », « ha, d’accord » et on se sent rassuré.e au fond de nous-même que ce dont parle l’enfant n’est pas du ressort de la sexualité mais de sa vie d’enfant. Ou bien, on rit de mal-être sans savoir trop comment se départir de cette émotion pernicieuse qui nous envahit. Ou alors, on ne relève pas et on essaye de se convaincre d’office que ce que l’on a entendu est une pure invention de notre esprit. Ou alors, enfin, on se juge en se disant que vraiment on a l’esprit mal tourné, mal placé. Pire encore, on invective l’enfant qui ne comprend rien à la raison de cette colère fulgurante.

D’où vient ce malaise qu’il est possible de ressentir en soi ? L’impossibilité dès lors de prononcer certains mots, sans y attacher un autre sens que le sens premier ? Chatte, pénis, vulve, vagin, anus, sans qu’ils portent une hyper connotation sexuelle dans notre esprit et que notre malaise s’en ressentent ?

Ce malaise trouve son origine dans ce bain ambiant dans lequel nous nous trouvons chaque fois que nous sommes en contact avec notre société hypersexualisée, non-respectueuse, non-prévenante : dans les blagues salaces, dans les publicités, dans l’injonction à la féminité, dans certains ouvrages, dans des films non interdits aux moins de 18 ans, dans les remarques désobligeantes de nos proches et aussi dans nos propres injonctions corporelles (je devrais être comme ceci, comme cela) …

Or, tous les parents veulent protéger leurs enfants, porter un discours clair, éclairant, bienveillant, empathique pour mieux les protéger. Mais, comment faire lorsque les mots deviennent inaccessibles, ont été colonisés, alors que l’on se sait capable malgré tout de les employer dans un contexte hors pornographie ?

La pornographie, par sa colonisation, le double langage qu’elle crée renforce l’incapacité des parents et autres accompagnants à prévenir les violences sexuelles dont les enfants pourraient être victimes.

La pornographie lime les frontières de la définition des violences sexuelles, entre ce qui tient ou non des violences sexuelles ; tout simplement parce que souvent banalisée ou crédibilisée, la pornographie n’est pas clairement reconnue comme étant de prime abord une violence sexuelle ou devrait-on dire des violences sexuelles filmées et tarifées. La pornographie est parfois même justifiée, incitée. Certains se disent qu’elles est utiles même à l’éducation à la sexualité des adolescents ; un véritable non-sens.

Alors, de quelles parades disposons-nous ? Comment se réapproprier les mots du langage pour les utiliser en posture de parent prévenant ?

D’abord, il vous faudra bien garder à l’esprit que protéger vous oblige à parler, à prendre la parole. En plus d’une exemplarité dans votre conduite vis à vis du corps de votre enfant, vous n’aurez pas le choix que de lui parler.

Votre posture doit être claire : vous vous transformez au moment où vous prévenez en un parent prévenant. Et, vous osez prévenir justement car dans votre tête, votre discours n’aura aucune connotation sexuelle. Vous n’allez pas parler de votre vie intime, ni de votre sexualité.

Il conviendra d’être conscient que lorsque vous voulez transmettre un message de prévention des violences sexuelles, il ne s’agit pas de parler de la sexualité.

Si vous tombez dans cet écueil, cela signifie que vous vous placez d’abord du côté de ceux pour qui, les violences sexuelles sont la sexualité, leur sexualité. Ce serait comme admettre que cela est autorisé, alors même que la loi dit le contraire.

Prévenir les violences sexuelles c’est d’abord se dire que les violences sexuelles, ce sont des violences physiques, des violences qui s’exercent sur le corps, sur certaines parties du corps, les parties intimes.

Dans les arts martiaux, il est aisé d’intégrer la règle : on ne touche pas les parties, on ne frappe pas les parties, on ne frappe pas les parties intimes. Les enseignants le répètent constamment et les enfants intègrent parfaitement cette règle. Elle est claire et n’a aucune connotation sexuelle. Elle s’impose à eux comme une mesure de protection de leur corps.

Vous pouvez aisément utiliser ce raisonnement lorsque justement vous expliquez à votre enfant que son corps lui appartient, qu’il possède des parties intimes ; parties que vous pourrez nommer en ayant à l’esprit qu’il ne s’agit que de nommer les parties du corps, de son anatomie, comme vous le feriez pour les différents doigts de la main.

Alors, votre message principale de prévention sera clair, sans ambiguïté : personne n’a le droit de toucher tes parties intimes y compris moi.

Ensuite, et c’est là plus délicat, un parent prévenant est avant tout un parent qui par sa conduite démontre qu’il protège son enfant, que ce soit par ses actes, ses gestes mais aussi ses mots. Outre le fait d’être conscient de la colonisation pornographique, il vous faudra aussi remettre à l’endroit le sens des mots, remettre à l’endroit vos raisonnements qui ont été colonisés. Il faudra comme déminer le terrain largement conquis. Cela ne signifiera pas se censurer mais écouter cette petite voix intérieure qui se dit qu’en effet, il y a autre chose à entendre dans le discours que la connotation sexuelle des mots, peut être d’autres livres à livre, certains à vendre, des publicités à ne plus tolérer, des blagues auxquelles ne plus rire.

C’est un travail intellectuel minutieux mais qui va vous permettre de renforcer le sens de vos actes de prévention pour que vos enfants grandissent en protection c’est à dire dans  l’écoute de leurs besoins, de leurs choix, de ce qui est bon ou non pour eux, dans le respect d’eux-mêmes, grâce au reflet du miroir que vous êtes et que chaque jour vous vous astreignez à leur renvoyer.

Prévenir est une conquête de petits pas, de réappropriation de mots. Vous pouvez y parvenir.

Aller plus loin :

  • je vous invite à visionner la Quête, une méthode simple de prévention que j’ai mise au point et qui vous donnera 4 mots clés pour vous accompagner dans ce chemin de prévention : questionner, écouter, transmettre et entourer :
  • https://www.youtube.com/watch?v=NiP4Or3c_bU

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