Réfléchir ensemble

Neurosciences affectives et prévention des violences sexuelles

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Dans la Quête, la méthode que j’ai développée pour prévenir les violences sexuelles, je m’adresse directement aux parents prévenants que vous êtes, aux accompagnants prévenants des enfants.

L’enjeu est d’abord une prise de conscience : l’enfant n’est pas en mesure de se protéger mais aussi de permettre à toute personne prévenante d’oser prendre la parole sur le sujet des violences sexuelles auprès de son enfant et de ses proches.

Dans une récente conférence donnée par le Dr Catherine Guéguen, celle-ci nous explique à quel point notre attitude permet aux enfants d’avoir un développement le plus adéquat possible avec ce qu’ils sont, à savoir, des êtres humains affectifs et empathiques en maturation.

Elle nous dresse ainsi un tableau des effets du stress sur le cerveau de l’enfant, l’effet du cortisol mais aussi de l’ocytocine, ces hormones que nous sécrétons naturellement en réaction à des attitudes violentes ou alors à des attitudes bienveillantes.

De la même manière, dans son ouvrage Pour une enfance heureuse, le Dr Catherine Guéguen nous explique :

« Quand l’enfant n’est pas entendu, respecté, les conséquences se font rapidement sentir. Elles prennent des tonalités variables : soit il se renferme, une partie de lui s’éteint, soit au contraire la colère et l’agressivité prennent le dessus, ou bien encore il oscille entre des phases de soumission et des phases de révolte.

Parfois les parents consultent un psychologue, un psychiatre, un pédiatre : « mon enfant a un « problème », il va mal, il est agressif, colérique, provocant, non respectueux, il ne travaille pas, dort mal, mange mal » etc. Pour les parents, il est évidemment plus facile de s’imaginer que c’est l’enfant qui pose « problème » et non la relation qu’ils ont avec lui.

Or les nombreuses difficultés rencontrées avec les enfants prennent leur origine, pour beaucoup d’entre elles, dans l’attitude que les adultes ont avec eux, dans le manque d’empathie et d’échange affectueux. » (p. 51-52)

Le Dr Catherine Guéguen nous invite ainsi à réaliser qu’il y a d’autres manières d’être avec son enfant.

« Quand la tristesse, l’angoisse, la peur, la colère submergent l’enfant et qu’il pleure, sanglote, hurle, seul, sans personne pour le consoler, que se passe-t-il dans son organisme ? Un grand stress car souvent, au lieu de le consoler, un des parents crie : « bon maintenant, ça suffit, tu vas te calmer immédiatement. J’en ai plus que marre d’avoir un enfant infernal comme toi, qui pleure pour un rien, qui fait des colères, des caprices sans arrêt, qui n’obéit pas, qui traîne.. je ne veux plus t’entendre ». Le parent peut le laisser seul ou alors le bousculer, le tirer énergiquement par le bras, le mettre au lit, le punir, le gifler.

Quand l’enfant dans ces moments-là est privé de réconfort, de calme, de compréhension et de tendresse, le stress est intense, il est réellement en détresse. Son cerveau est envahi d’adrénaline, de noradrénaline et de cortisol, libérés en masse par les glandes surrénales au niveau de la médullo-surrenale et de la cortico-surrénale.

En quantité modérée le cortisol est bénéfique, il nous aide à calmer un état de stress en augmentant le taux de glucose dans le sang.

A l’opposé, un taux élevé de cortisol entraîne le sentiment d’être sans force, sans courage, triste, en grande insécurité. L’enfant se sent menacé et angoissé. Le monde qui l’entoure lui paraît hostile et agressif. Ses pensées, ses émotions, ses perceptions sont voilées par un sentiment de peur, de grand danger, il est inhibé, dans l’impossibilité d’entreprendre et de surmonter la moindre difficulté.

La sécrétion prolongée de cortisol peut aussi modifier le métabolisme et l’immunité de l’organisme, entraîner le développement de maladies chroniques, des maladies auto-immunes et avoir des effets redoutables sur le cerveau immature de l’enfant. » (p. 162-164)

L’enfant subit alors des modifications psychologiques et comportementales importantes.

« L’enfant perd totalement confiance et vit les autres et le monde comme une menace constante. Cet état de perpétuelle méfiance l’amènera soit à fuir, soit à attaquer, soit à être dans un état d’inhibition. S’il fuit, s’il est inhibé, l’enfant se sentira déprimé et risque de s’isoler. S’il attaque, il deviendra agressif, asocial, en proie à des conflits permanents. La vie devient pour lui insupportable ». (p. 164-165)

« Pour trop d’adultes, la relation adulte-enfant dans l’éducation reste basée sur des rapports de pouvoir, de domination et a recours à des souffrances physiques et des souffrances morales, souvent associées.

Parmi les souffrances infligées à l’enfant, lui faire peur est très banal. Cette violence « éducative » qui le met en très grande insécurité sert à le contraindre. On lui fait peur pour qu’il obéisse, se tienne tranquille, soit sage, fasse ses devoirs. On lui fait peur en le menaçant.

Induire la peur chez le tout-petit prend même parfois le masque de la gentillesse : « viens, je vais te raconter une histoire ». Et l’enfant écoute l’adulte bouche bée et croit que l’adulte dit « vrai ». Pourquoi les adultes racontent-ils des histoires de loups, de sorcières et de monstres qui entraînent de véritables peurs chez l’enfant entre 2 et 5 ans, âge durant lequel il n’est pas encore vraiment capable de différencier le réel et l’imaginaire, de prendre du recul et de se raisonner ?

Les adultes n’ont-ils pas le désir inconscient que l’enfant terrifié reste ainsi dans leur giron et sous leur autorité ?

L’entourage est primordial. S’il est affectueux, bien présent, il peut aider l’enfant à surmonter ces peurs. Mais quand ces peurs sont agitées sans cesse ou si l’enfant est laissé seul, il peut ressentir de véritables angoisses qui le laissent en totale insécurité face au monde environnant » (p. 273-275).

Aussi notre discours, lorsqu’il s’agit de prévenir les violences sexuelles peut être totalement altéré à la fois par nos expériences dans l’enfance en tant que parent, nos incapacités à accompagner en bienveillance au quotidien nos propres enfants mais aussi par les différents supports, livres qui sont à notre portée et que nous pourrions utiliser pour prévenir.

  • Etre en conscience des conséquences de nos actes en tant que parent prévenant ou accompagnant prévenant,
  • Etre en connaissance des effets du stress sur le cerveau des enfants,
  • Savoir que l’usage de la peur dans l’éducation déconstruit la confiance des enfants,
  • Etre entré dans un modèle éducatif bienveillant,

Voici quelques-unes des clés pour parvenir à prévenir les violences et plus particulièrement les violences sexuelles dont pourraient être victimes vos enfants.

Allons un peu plus loin encore, car il est bon que vous sachiez aussi cela.

Lorsqu’un enfant est placé dans une situation stressante, du cortisol se répand dans son cerveau. C’est ce que vient de nous expliquer le Dr Catherine Guéguen.

Aussi, lorsqu’un enfant est victime de violences sexuelles, cette situation de danger maximal, comporte le même effet dans son corps. Mais, la différence est que son cerveau est littéralement percuté, envahit par cet afflux vraiment très important d’adrénaline et de cortisol. Le corps de l’enfant est alors dépassé par cet afflux. Si initialement, cet afflux hormonal devait permettre de préparer la fuite, lorsque celle-ci n’est pas possible car l’enfant est piégé, alors le corps emprunte une toute autre voix pour survivre au pire qu’il subit.

Le Dr. Muriel Salmona nous l’explique très bien sur son site Mémoire Traumatique.

Le corps de l’enfant utilise, lorsqu’il est victime de violences sexuelles, des mécanismes « psychologiques et neurobiologiques exceptionnels de sauvegarde ». C’est ce que l’on nomme les mécanismes psycho-traumatiques.

Le corps de l’enfant, du fait de cet afflux hormonal et du chemin de réponse émotionnelle, dans son dernier élan de survie va alors littéralement disjoncter entraînant une analgésie émotionnelle et physique dont les conséquences seront :

  • des symptômes dissociatifs – l’enfant sera déconnecté de son corps, il. elle se réfugiera dans le papier peint, une image, un son…
  • des troubles de la mémoire – c’est la mémoire traumatisée qui prend le pas, une amnésie traumatique partielle ou totale pourra naître…

Or, cet état de stress maximal, qu’il se soit produit une seule fois ou de manière répétée a comme fracturé le cerveau de l’enfant. Et, pour le réparer, il lui faudra être protégé d’abord, puis soigné.

Les violences sexuelles ce sont des atteintes physiques, des atteintes physiologiques et elles altèrent aussi le cerveau de l’enfant.

En prendre conscience vous donnera un argument de plus pour vous mobiliser et trouver le courage d’oser entourer votre enfant, prendre la parole auprès de vos proches au sujet des violences sexuelles.

Une réflexion au sujet de « Neurosciences affectives et prévention des violences sexuelles »

  1. Bravo Jennie, je viens de lire tes 2 derniers articles, tu me bluffes encore une fois !

    Je suis à Paris pour les fêtes, vivement qu’on se retrouve en janvier pour une nouvelle vidéo ! J’ai hâte !

    Ton travail est vraiment fabuleux et je suis heureuse de le/te soutenir à mon humble mesure ❤

    Lumineuses fêtes de fin d'année à vous !

    A tout bientôt,

    Sylvie [http://idata.over-blog.com/1/42/36/63//ptitsa.gif]

    Vous me cherchez ? Trouvez-moi sur : http://www.lalutiniere.com

    ________________________________

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