Réfléchir ensemble

Osons prévenir nos garçons !

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Prévenir les violences sexuelles commises à l’encontre des enfants signifie prévenir les violences sexuelles dont pourraient être victimes les enfants-filles mais aussi les enfants-garçons.

Bien trop souvent, est fait l’écueil de croire que les garçons ne pourraient pas être victimes parce qu’ils sont justement des garçons. Or, la réalité des violences sexuelles prouve que c’est parce les enfants sont vulnérables qu’ils sont victimes et non pas parce qu’ils possèdent un sexe masculin ou féminin. Les garçons sont tout comme les filles victimes de viols, d’agressions sexuelles multiples, d’inceste, d’exhibitionnisme, d’attouchements, de brutalité sexuelle, de mise en prostitution.

Enfant, les garçons subissent aussi les stratégies que mettent en place les agresseurs afin de les violenter sexuellement. Ils sont isolés, mis sous terreur, apeurés, choqués, traumatisés, violentés. On leur impose le silence, on les contraint au silence, à ne rien dire. On exige qu’ils ne parlent pas.

Les garçons victimes de violences sexuelles subissent des blessures multiples, physiques, psychologiques, des traumatismes importants, leur mémoire est traumatisée. Les douleurs sont multiples, lourdes. Le désarroi est complet. Et, la société n’aide pas à prendre la parole pour dénoncer, révéler, confier.

Alors, prendre le temps de parler à son fils quelque soit son âge, prendre le temps de lui apprendre à faire seul sa toilette, prendre le temps de lui dire que ses parties intimes : pénis, fesses, anus, bouche, testicules, ne sont qu’à lui et que personne n’a le droit d’y toucher, prendre le temps de lui demander si quelqu’un a déjà touché ses parties intimes, prendre le temps de lui expliquer que son corps a de la valeur, qu’il est important, que vous avez confiance en lui et que vous êtes là pour aborder n’importe quel sujet avec lui y compris celui des violences sexuelles, y compris celui de la sexualité sont des prises de parole fondamentales pour construire en votre fils sa confiance corporelle, son estime corporelle, le respect de lui-même mais aussi pour prévenir les violences sexuelles dont il pourrait être victime.

Ainsi que l’explique Michel Dorais, auteur du livre Ça arrive aussi aux garçons : l’abus sexuel au masculin, plusieurs motifs expliquent le fait que les garçons sont plus réticents que les filles à révéler les violences sexuelles dont ils ont été victimes :

  • les traumatismes physiques et psychiques seraient moins évidents chez les garçons, parce que ces derniers seraient plus enclins à dissimuler ou à endurer leurs blessures,
  • il y aurait une incompatibilité entre la notion de virilité et le fait d’avoir été victime de violences sexuelles
  • les garçons seraient plus réticents à dévoiler les violences sexuelles parce qu’ils se sentiraient coupables d’avoir ressenti une certaine excitation, d’avoir eu une érection ou une éjaculation, ou encore d’avoir reçu des gratifications
  • les garçons ne révéleraient pas les violences sexuelles au risque d’être associés à des homosexuels
  • les garçons ressentiraient fréquemment de l’ambivalence face à leur agresseur, qu’ils connaissent déjà et avec lequel ils sont liés dans une majorité des cas
  • les garçons se retrouveraient dans une double contrainte : s’il révèle des violences sexuelles alors qu’auparavant il n’avait montré aucun symptôme, on croira qu’il ment. En revanche, si des symptômes de traumatismes ont déjà commencé à transparaître, on croira qu’il cherche par cette révélation à blâmer quelqu’un d’autre pour ses problèmes ou ses mauvais coups, et on ne le prendra pas davantage au sérieux.

Or, le fait est que les violences sexuelles qu’endurent les garçons sont réelles. On peut citer dès la très petite enfance le décalottage forcé ou imposé que ce soit par maman ou par papa ou par le pédiatre ou encore le médecin de famille, les phrases assassines relatives à leur pénis, à sa taille, à son orientation, mais aussi relatives à la façon dont sont positionnées ses testicules, les mamans qui vérifient que le pénis de leur garçon « fonctionne bien », les regards sur ses parties intimes qu’ils soient humiliants, dénigrants, contraignants à la virilité ou au contraire dénigrant sa masculinité, les « arrête de te tripoter », « je t’ai déjà dit de ne pas te toucher », « que je te revois plus faire ça », « je vais te couper le zizi », les conduites sexuellement agressives d’autres hommes à leurs égards, tonton, papy : « t’as le même, je peux bien prendre une douche avec toi », « quoi t’as jamais vu un pénis, regarde dans ton caleçon », « je t’ai dis de pisser là, tu le fais ». Il y a aussi bien sûr la circoncision imposée peu importe l’âge de l’enfant et les modalités dans lesquelles elle est pratiquée, toutes les formes de mutilations sexuelles masculines, l’absence de soins d’hygiène, l’absence d’explication sur la morphologie masculine, l’absence d’explication sur ce qu’est une érection, les remarques dénigrantes quand les garçons font pipi au lit, ne peuvent se retenir, ont besoin d’uriner et sont empêchés, sont laissés dans leur urine, ne sont pas changés, n’ont pas de vêtements propres à leur disposition, à qui n’est pas expliqué comment se laver et prendre soin de son corps de manière générale. Il y a toutes ces phrases qui parlent implicitement ou explicitement du pénis de l’enfant, en sa présence et dites par ses parents en présence d’amis ou de proches.

Ce sont des violences sexuelles aussi lorsqu’on leur demande sans cesse si ils sont amoureux, avec qui ils vont se mariés, lorsque l’on fait des allusions à leur masculinité, virilité sans respect de leur pudeur, de leur intimité, lorsque l’on fait référence aux diverses modifications corporelles qu’ils vivent, lorsqu’on leur dénie le droit d’avoir une chambre qui ferme à clé, un lieu d’intimité, la possibilité de prendre des douches seuls, d’avoir accès à des préservatifs ou d’avoir un peu d’argent pour s’en procurer. Les garçons sont également victimes lorsqu’on ne prend pas la précaution de leur interdire de visionner certains films ou au contraire qu’on les incite à en regarder d’autres, lorsqu’on considère qu’ils doivent faire leur « éducation sexuelle » grâce au porno, qu’on ne leur explique pas ce qu’est le désir, l’excitation sexuelle, les élans d’amour. Il y a également violence lorsqu’on leur impose une visite médicale au cours de laquelle on leur demande-impose de se décalotter, de montrer leur pénis ou au contraire lorsqu’on les prive de soins médicaux, qu’on n’est pas à l’écoute de leurs besoins d’aller consulter un urologue pour bénéficier des meilleurs soins.

Les violences sexuelles qu’ils subissent, outre l’hypersexualisation de la société et sa pornographisation, se sont aussi toutes ces phrases sexistes qui viennent à leurs oreilles, d’où qu’elles viennent, et qui visent à dénigrer l’un ou l’autre des sexes, qui nuisent à la notion de respect de soi et de respect de l’autre qu’ils sont en train de construire ; tous ces mots grossiers-insultes à caractère sexuels qu’ils sont incités à dire ou qu’on leur dit : « fils de pute », « fils d’inceste », « pd », « viol tes morts » etc

Les violences sexuelles envers les garçons sont extrêmement nombreuses. Elles sont comme un iceberg dont on ne voit que la part haute, part à laquelle les médias font une place sans pour autant considérer les autres.

Les violences sexuelles envers les garçons ce sont aussi tous ces contacts physiques et corporels quel qu’ils soient et pour lesquels non seulement ils n’ont jamais été questionnés mais surtout qu’on leur a imposé sans cesse : une main sur les pectoraux, une main sur les fesses, les claques sur les fesses, les fessées, les fessées déculottées, de manière générale toutes les violences physiques sur leur parties intimes, les vêtements trop serrés au niveau des parties intimes qu’on leur a imposés de porter, les jeux brutaux sur les parties sexuelles, souvent ces jeux entre garçons et qui ont cours notamment dans les écoles, primaire, collège, lycée et même université.

Les violences sexuelles envers les garçons, ce sont tous ces actes qui nuisent à leur être, à leur être intime et qui manquent de respect à leur corps y compris à leur parties intimes : leur imposer de boire des mixtures, de sentir des odeurs désagréables, leur imposer de voir des images pornographiques, leur imposer le visionnage de films pornographiques, leur imposer l’écoute de séquences audio pornographiques. Ce sont aussi les situations dans lesquelles ils ont été blessés intentionnellement au pénis, aux testicules, à l’anus, les situations de mises à l’épreuve de leur virilité ou de leur masculinité, l’obligation d’embrasser, le fait de subir l’arrachement de ses sous-vêtements ou situation de « décalçonnage », être obligé ou contraint à la nudité, de se déshabiller en public, avoir l’obligation d’avoir une petite amie, avoir l’interdiction d’être homosexuel, être incité à avoir des rapports sexuels sous couvert de « passage à la majorité » ou pour toute autre raison qui n’est en réalité qu’emprise des agresseurs.

Les garçons subissent aussi toutes ces formes de violences sexuelles dans lesquelles est utilisée, exploitée ou contrainte leur sensibilité sexuelle, leur « mécanisme » d’excitation sexuelle, niée leur pudeur, niée leur intimité, sont interdits ou contraints leurs sentiments, niés leurs ressentis.

Bien entendu, ils sont eux aussi victime sous toutes ces formes de l’inceste de 0 à 18 ans et même au-delà par les personnes qui sont censées les protéger, leurs proches : leur père, frère, oncle, grand-père, beau-père, beau-frère, le mari de leur nourrice, le fils de leur nourrice mais aussi leur mère, leur grand-mère, une grande cousine. Ils peuvent aussi être victimes de proches dans le cadre extra-familial : victimes de brutalité sexuelle de la part de leur médecin de famille, du médecin scolaire, victime de diverses formes d’agressions sexuelles de la part de leur coach, de leur entraîneur, de leurs enseignants, victimes de viols de la part de leurs éducateurs, voisins, amis des parents, connaissances.

Ils peuvent aussi être victimes d’autres enfants, du même âge qu’eux ou plus âgés. Ils peuvent être victimes de harcèlement sexuel scolaire, d’actes de « représailles ou de vengeances » à caractère sexuel, de pseudos « rituels d’intégration » à caractère sexuel. On peut leur imposer de participer à des violences sexuelles, les obliger à violer, les obliger à filmer des violences sexuelles.

La facilitation de l’accès à la pornographie par l’absence de prévention par les parents et de contrôle des contenus accessibles par internet sont aussi des violences sexuelles envers les garçons notamment par l’effet pervers de l’excitation sexuelle procurée par la pornographie et qui place les garçons dans des situations de dépendance au visionnage. De nombreux garçons sont également mis en prostitution et non protégés des réseaux de proxénètes qui exploitent notamment leurs carences affectives ou l’absence de protection familiale.

Enfin, le mariage dit « arrangé » est aussi une violence sexuelle imposée aux garçons et dont on parle très peu.

Toutes ces formes de violences sexuelles dont sont victimes les garçons ne doivent plus être ignorées et surtout doivent être prises en compte par tous les parents et autres accompagnants prévenants.

Dans la méthode que j’ai développée La Quête, l’objectif premier est que chaque parent ou accompagnant prévenant prenne conscience de l’importance de questionner les enfants et donc y compris les garçons à propos des violences sexuelles qu’ils seraient susceptibles de subir : as-tu été victime de violences sexuelles ? Quelqu’un a-t-il déjà brutalisé tes parties intimes ? T’a-t-on déjà imposé des touchers désagréables sur ton corps ? Ces phrases ne sont que quelques exemples et bien entendu ce sont vos mots qui seront les plus adaptés selon l’âge de votre enfant. Ce qui compte est d’oser à un moment donné les poser et surtout d’attendre une réponse.

En effet, dans le prolongement de cet objectif premier de la Quête, il y en a un second qui est celui d’offrir un espace de paroles suffisamment ouvert à votre garçon pour qu’il puisse oser dire qu’il a été victime ou non. Votre garçon doit pouvoir comprendre que si vous prenez la peine de lui demander si il a été victime et de lui parler des violences sexuelles, c’est parce qu’il vous incombe de le protéger, que vous êtes là pour lui, que vous l’aimez de manière inconditionnelle, que vous êtes de son côté et que vous le respectez. « Personne n’a le droit de nuire à ton intégrité corporelle, personne n’a le droit de nuire à tes parties intimes y compris ta bouche, personne n’a le droit de toucher tes parties intimes ou de t’imposer le visionnage d’images à caractère sexuel. L’autre jour, j’ai bien senti que ça n’allait pas, veux-tu qu’on en parle ? Sache que je suis là, je suis de ton côté, lorsque tu seras prêt pour en parler, je t’écouterai, je suis avec toi ».

Dans toutes vos prises de parole, dans tous ces moments dans lesquels vous vous arrêtez pour prendre du temps pour parler à votre enfant, à votre fils, maintenez vous en conscience de votre objectif : prévenir. Votre enfant doit sentir que c’est important ce que vous lui dites, que vous ne prenez pas à la légère le fait qu’il puisse être victime de violences sexuelles, que c’est important qu’il puisse avoir du soutien si il a été victime et que vous êtes ce soutien, que vous le protégerez s’il vient à vous confier des violences, que vous mettrez tout en oeuvre pour les faire cesser.

Très récemment, Laurent Boyet, auteur du livre Tous les frères font comme ça, a publié sur sa page Facebook quelques mots qui nous paraissent importants. Alors qu’il est la cible de médisances et autres calomnies via internet au sujet des « hommes qui sont féministes », sachons lire et entendre ses propos qui soutiennent tous les hommes qui dans leur enfance ont été victime de violences sexuelles :

« A nouveau, sur certaines pages, j’ai été confronté à des femmes qui voudraient me contraindre au silence juste parce que je suis un homme. J’ai lu des commentaires agressifs de certaines qui disaient « se méfier comme de la peste des hommes qui se prétendaient féministes ».

J’ai eu beau leur raconter mon histoire, elles n’ont pas voulu m’écouter. Quelles que soient mes blessures, quelles que soient mes souffrances et peu importe les 3 années de viols que mon frère m’avait fait subir, j’avais forcément moins mal parce que j’étais un homme; j’étais forcément moins fragile parce que je suis un homme; je devais forcément me taire parce que je suis un homme.

Mais je refuse de me taire. Je refuse de laisser les amalgames se faire dans tout ce qui se dit ou s’écrit actuellement. Je refuse ce féminisme si il doit n’être qu’une haine de l’homme plutôt qu’une véritable défense des femmes.

Car, n’en déplaise aux extrémistes de cette cause pourtant si belle, n’en déplaise à certaines qui agissent et parlent comme tout ce qu’elles dénoncent pourtant : je suis un féministe. Je milite de toutes mes forces pour que la femme soit l’égale de l’homme. Je m’insurge contre le comportement de ces hommes qui, justement parce qu’ils s’estiment supérieurs, traitent les femmes comme des objets.

Parce que j’ai moi-même été victime de cette emprise masculine, j’estime être à ma place lorsque je dis que les hommes aussi doivent pouvoir libérer leur parole.

Parce que ce qui se passe est dramatique pour les hommes victimes. On veut les contraindre au silence juste parce qu’ils sont hommes et on leur enlève ainsi le droit d’être, de se sentir victime. On m’a dit, on m’a écrit des choses terribles. Mais cette libération de la parole ne doit pas devenir une guerre des sexes. Nous sommes toutes et tous des victimes c’est ce qui doit nous unir, nous réunir.

Je ne me trompe pas de combat. Je sais que nos agresseurs sont des hommes principalement. Je sais que la majorité des victimes de violences sexuelles sont des femmes ou des filles. Mais je sais aussi que des milliers de garçons, comme moi, sont victimes d’un père, d’un frère, d’un ami de la famille. Et je sais que ces garçons vont devenir des hommes. Leur dénier le droit de parler c’est prendre le risque de les laisser avec leur colère. Et la colère est mauvaise conseillère. »

Osez protéger vos garçons, osez les prévenir !

Prévenir, c’est comprendre. Prévenir, c’est dire.

Aller plus loin :

 

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