Dans la tête d’un.e enfant victime de violences sexuelles

Etre un.e enfant victime de violences sexuelles, c’est très dur, quelles que soient les violences, quels que soient leur degrés. Personne ne peut juger. Chacun doit être dans une empathie la plus grande possible. Ne jamais critiquer l’enfant, ni la.le juger.

Elle.il réagit avec ce qu’elle.il est, avec ce qu’elle.il a subi et les capacités de résistances qui lui sont propres.

Etre un.e enfant victime de violences sexuelles, c’est terrible.

Ça fait mal. On est plus la.le même. On a plus goût à rien. Ce qu’on aimait avant, ce n’est plus ce qu’on aime aujourd’hui. On y arrive plus. On se sent tout.e seul.e. Le quotidien est devenu lourd. Chaque jour, il faut lutter pour survivre. Chaque jour, il faut lutter pour ne pas avoir peur, se rassurer tout.e seul.e, se dire que ça va aller. Un rien peut nous faire penser à ce qu’on a subi. Dans notre tête, tout est chamboulé. On tremble de l’intérieur. On est une tornade à l’intérieur. Tout a été mis à l’envers. On vit difficilement, avec soi-même, avec les autres. On se dit que tout le monde peut être méchant avec nous. On a peur de tout le monde. En secret, on lutte. On lutte en permanence pour essayer de garder le cap mais des fois on a envie de disparaître, de ne plus être là. D’être ailleurs, là où on ne craint rien, là où on n’a pas mal. Là où on ne risque pas de croiser l’agresseur, le violeur. On voudrait être au soleil, dans la nature. On voudrait jouer librement. On voudrait avoir des copines, des copains. On voudrait être amoureuse, amoureux. On voudrait respirer sereinement. Mais on n’y arrive pas. Nous, à l’intérieur, ça nous bouleverse. On a souvent envie de pleurer, alors on serre les dents. On garde tout. Et, on avale. Y’a des fois où on a envie de vomir, de ne plus manger, de ne plus se laver, de s’habiller tout en noir. Y’a des fois où on peut plus parler. On a pas envie d’être touché.e, par personne, ni frôlé.e, ni accosté.e. Mais dégage-toi ! Sors de ma vue ! Pousse-toi ! Y’a des fois où on a envie qu’on nous foute la paix, qu’on nous laisse tranquille. On en peut plus de la vie à coté de nous. On supporte plus personne. Y’a des fois où on a envie de se blesser juste pour voir si ça fait mal. Y’a des fois où on se fait mal car se faire mal ça veut dire qu’on est en vie ! Oui, je suis en vie ! Oui j’ai mal et J’AI MAL. Tout le temps. Encore ! Toujours ! J’en peux plus ! A l’intérieur, je crie mais dehors je meurs. C’est ça les violences sexuelles. Ça bousille de l’intérieur.

Et puis, un jour. Quelque chose se passe et on lâche tout. Tout ce qui s’est passé, comme ça d’un coup, ça sort. C’est plus fort que nous. Et, toutes les larmes sortent avec. Tout sort en vrac. Y’a quelqu’un qui nous a posé la question : as-tu subi des violences sexuelles ? Y’a quelqu’un qui a pris le temps de nous regarder, de nous écouter. Y’a quelqu’un qui a vu que nous n’étions plus les mêmes. Y’a quelqu’un qui a décidé d’être de notre coté. C’est là qu’on a commencé à tout faire sortir. On en pouvait plus de garder tout ça là dedans, à l’intérieur. Ça nous pourrissait. Alors, ce jour là, on a commencé à re-vivre.

On sait que ça va être long d’apprendre à re-vivre, mais on sait que c’est possible. Alors, on va rien lacher. On va se battre. On va lutter. On va crier, on va pleurer, on va dire qu’on a mal, encore , encore, encore et un jour, oui, un jour, les violences elles seront rangées dans la commode des horreurs de notre tête et le tiroir ne s’ouvrira que quelque fois.

Prévenir les violences sexuelles, c’est comprendre les enfants victimes. C’est apprendre d’elles.

Prévenir les violences sexuelles, c’est regarder la difficulté de parler, accompagner la parole quand elle se libère, entendre la souffrance, s’asseoir à coté de quelqu’un.e et ne plus parler pour enfin lui laisser la place de le faire.

Prévenir les violences sexuelles, c’est comprendre que les violences sexuelles sont des mines, des tornades à l’intérieur des enfants qui les font devenir fous.folles, qui les matraquent, qui les rongent, qui les bousillent.

Prévenir les violences sexuelles, c’est se mettre à leur place, dans leur tête, essayer de les comprendre, être toujours bienveillant avec elles.eux, ne plus jamais les critiquer.

Prévenir les violences sexuelles, c’est comprendre que ça prend du temps de se réparer, que ça prend vraiment du temps, parfois beaucoup, beaucoup de temps et même encore plus et que le temps, il n’est pas le même pour tous.

Prévenir les violences sexuelles, c’est savoir que jamais on ne peut oublier, que ce sera toujours là, dans notre tête, quelque part et que des fois ça fera encore mal.

Prévenir les violences sexuelles, c’est savoir aussi qu’on peut aller mieux, qu’on peut re-vivre, qu’on peut re-sourire, qu’on peut adoucir ses souffrances, qu’on peut construire encore sa vie.

Prévenir les violences sexuelles, c’est savoir aussi qu’on reste la.le même, que les fragilités ne sont pas synonymes de faiblesses, que c’est toujours dur d’avancer mais qu’on y arrive, que chaque jour, chaque minute est un gain pour soi.

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