Expliquer et questionner : deux outils efficaces de prévention des violences sexuelles

Pour le Dr Salmona, spécialiste des soins à apporter aux psychotraumatismes dus aux violences sexuelles, expliquer et questionner sont les deux principaux outils qui permettent de prévenir les violences sexuelles commises à l’encontre des enfants.

Dans un dossier très détaillé, accessible sur internet, Prévention des violences sexuelles envers les enfants – Partie 1, elle nous explique avec précision la nécessité qu’il y a à prévenir les enfants de l’existence des violences qu’ils sont susceptibles de subir. Nous reprenons dans cet article les points qui nous paraissent les plus importants.

Prévenir de l’existence des violences sexuelles commises à l’encontre des enfants est indispensable. Pourquoi ?

Car, les enfants sont les principales victimes des violences sexuelles. Et, parce que le risque que les enfants soient confrontés à ces violences en tant que victimes ou témoins doit être pris en compte.

Comment prévenir ?

1) Expliquer pour avertir 

Il est important que les enfants soient avertis :

  • qu’il existe des personnes qui agressent sexuellement les enfants,
  • que le plus souvent ce sont des personnes connues comme papa, papy, tonton, un frère, un cousin, un beau-père, que ce sont des proches, des membres de la famille, et non des inconnus dans la rue
  • que le plus souvent ce sont des hommes qui agressent sexuellement les enfants.

Les agresseurs ont toujours une stratégie.

Les agresseurs profitent toujours de la vulnérabilité des enfants, de leur méconnaissance et de leur incompréhension des actes sexuels pour les agresser. Ils profitent aussi de leur dépendance affective et de leur soumission à l’autorité, pour les tromper et les manipuler.

Les agresseurs d’enfants construisent leurs agressions à partir des croyances erronées des enfants.

Il est facile pour des agresseurs, surtout lorsqu’il s’agit de personnes proches auxquelles les enfants doivent obéissance ou avec lesquelles ils ont des liens affectifs et de confiance, de leur faire croire que les violences sexuelles qu’ils leur font subir sont :

  • des choses normales,
  • des actes méritées,
  • que c’est pour leur bien,
  • parce qu’on les aime,
  • parce qu’on les considère comme de grandes personnes dignes d’être initiés, ou
  • que c’est pour jouer,
  • pour les éduquer,
  • pour leur apprendre la vie, ou
  • pour les punir…

Il est donc essentiel que les enfants puissent identifier ce qui est normal et ce qui ne l’est pas. Ils doivent savoir ce qui est interdit, ce qu’on n’a pas le droit de leur faire.

Dans le cas où ils seraient confrontés à une agression, il devrait pouvoir comprendre et nommer ce qu’ils subissent et ce qu’ils ressentent afin d’être moins déroutés par leurs réactions et leurs émotions.

Les enfants devraient pouvoir repérer et anticiper les stratégies des agresseurs, et ainsi éviter certains pièges. Ils devraient recevoir des conseils pour réagir et se défendre dans la mesure de leurs possibilités. Ils devraient savoir à qui en parler pour donner l’alerte et chercher du secours.

Les avoir informés leur permettra d’anticiper des dangers, de réaliser qu’il se passe des choses anormales, d’arriver à les nommer et ainsi d’en parler plus facilement. Cela augmentera leur chance d’être protégés et de ne pas rester à la merci de l’agresseur, et de possiblement protéger d’autres enfants.

2) Questionner pour protéger 

Avertir est une première étape mais protéger les enfants des violences sexuelles, c’est surtout les accompagner dans leur vie c’est-à-dire au quotidien dans ce qu’ils découvrent, face aux personnes qu’ils rencontrent et dans les expériences qu’ils vivent.

Pour cela, il faut en plus leur poser régulièrement des questions pour rechercher s’ils n’ont pas subi de violences ou n’en ont pas été témoin. Il faut leur demander :

  • est-ce que tout va bien ? comment te sens-tu ?
  • est-ce que quelqu’un t’a fait du mal ?

Prendre le temps d’écouter les réponses, avec attention, est indispensable dans les moments où vous décidez de poser ces questions.

Il faut leur demander si tout va bien, si personne ne leur a fait du mal mais pas seulement si on a des doutes, ou s’il y a un changement de comportement chez l’enfant, il faut poser également la question de temps en temps.

Il faut faire le point avec son enfant. Il faut être dans le dépistage continuel.

Leur poser des questions, c’est tenir compte du fait qu’il est fréquemment impossible ou très difficile pour les enfants victimes de parler de ce qu’ils ont subi, en raison :

  1. de la stratégie de l’agresseur et de ses mises en scène trompeuses ou culpabilisantes, de ses menaces ou de ses manipulations affectives pour faire participer l’enfant,
  2. de l’agression qui est sidérante et paralysante pour l’enfant, l’empêchant de réagir, de comprendre : l’enfant pourra alors se croire responsable de tout ce qui lui est arrivé, et développera des sentiments de honte et culpabilité qui scelleront son silence, ou bien il ne saura pas identifier avec certitude ce qui s’est passé ;
  3. du traumatisme subi : de la mémoire traumatique qui lui fait revivre les violences et réactive une grande souffrance quand il essaye d’en parler,
  4. de la dissociation traumatique qui le déconnecte, et lui donne un sentiment d’irréalité et de doute, et qui entraîne fréquemment des amnésies ;
  5. de la peur de ne pas être entendu et cru, et de la peur des réactions de l’interlocuteur : l’enfant, en raison de la trahison qu’il a subi de la part d’un agresseur qui était censé être un adulte de confiance, pourra développer une méfiance envers tous les autres adultes.

Poser des questions, c’est se préoccuper de la sécurité de l’enfant.

Leur poser des questions, c’est leur envoyer un signal fort que l’on se préoccupe de leur sécurité, de ce qui peut leur arriver. C’est également leur montrer que l’on sait qu’il peut leur être très difficile d’alerter un adulte quand bien même ils ont été informés par ce dernier.

Cela permet de les rassurer sur le fait qu’ils ne sont pas seuls, et que leur protection ne repose pas que sur eux, qu’ils ont de la valeur et des droits (ce que l’agresseur va leur dénier) et que des adultes responsables sont là pour veiller sur eux.

Donc, les deux outils de prévention des violences sexuelles sont :

 1) expliquer pour avertir

 2) questionner pour protéger

Les adultes ressources qui s’occupent des enfants, pour être protecteurs, doivent donc être convaincus de la nécessité de les informer de façon précise, et de leur poser régulièrement la question pour savoir s’ils ont subi, s’ils subissent, ont failli subir des violences sexuelles, ou en ont été témoins. 

Pour cela, ils doivent être un minimum informés ou formés, connaître la loi, la réalité des violences sexuelles et leurs conséquences sur les enfants victimes, les stratégies habituelles des agresseurs, les ressources à leur disposition, qui alerter et comment signaler aux autorités publiques les situations préoccupantes ou les dangers avérés. 

Nous créerons prochainement des notes rapides sur ces deux outils et l’ensemble des points de connaissance indispensables afin que quiconque souhaite prévenir ses enfants ou les enfants de sa famille ou tout autre enfant avec qui il/elle est en contact, de l’existence des violences sexuelles puisse être en mesure de le faire, en toute bienveillance et sans avoir peur ou croire qu’en en parlant, il/elle traumatisera l’enfant.

Croire que l’enfant sera traumatisé parce que prévenu des dangers, c’est nier qu’il puisse s’en protéger et être protégé.