La stratégie de défense des violeurs d’enfants

« Viens, viens chez moi, on va faire des manières ». « Il va arriver, lui, il va te faire des manières »

Voici la parole d’un enfant victime de violences sexuelles qui signifie, dans son langage à lui, celui-là même utilisé par le violeur qu’il ne fait que répéter, que juste après cette phrase, des adultes vont lui imposer des pénétrations anales et buccales, des viols.

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Dans le documentaire réalisé par Serge Garde « Outreau, l’autre vérité« , l’identification de la stratégie de défense des agresseurs est éclairante sur la manière dont opèrent les violeurs d’enfants pour se défendre.

La stratégie de l’agresseur, du violeur d’enfants, tout comme elle enferme l’enfant victime dans le silence ou dans les mots de l’agresseur, est aussi utilisée par l’agresseur pour assurer son impunité.

C’est cette stratégie d’agresseur qu’utiliseront ensuite les avocats de la défense pour défendre l’agresseur.

 « Qui pourrait reprocher à un avocat d’utiliser tous les moyens en sa possession pour obtenir le meilleur résultat possible ? Le rôle de l’avocat n’est pas d’obtenir la vérité, le rôle de l’avocat est de défendre son client. Et entre la défense et la vérité, il peut y avoir un fossé ». Parole d’avocat.

La stratégie de défense des violeurs d’enfants consiste donc à contrebalancer dans le débat oral qui s’anime au sein des cours d’assises mais aussi à l’extérieur des cours, auprès de l’opinion publique, la véracité des paroles des enfants. Pour cela, la stratégie est d’occuper l’espace public, d’occuper l’espace tout entier, visuellement mais aussi en temps de prises de parole ; il s’agit de faire en sorte que les projecteurs soient braqués non sur les victimes réelles, les enfants, mais sur les agresseurs eux-mêmes en mettant en valeur leur « humanité ».

Lors du procès d’Outreau, la stratégie de la défense des agresseurs, des violeurs des enfants, a consisté à :

1) Nier et rendre invisibles les paroles des enfants :

  • faire en sorte qu’il y ait d’un coté les enfants victimes et de l’autre des accusés non agresseurs :  19 avocats pour 19 accusés face à 2 avocats pour les 15 enfants victimes
  • ne pas respecter la parole des enfants lors du procès : pas d’interrogation avec tact et respect des enfants, empêcher les enfants de parler, imposer aux enfants des réponses précises sur des faits qu’ils ont essayé d’oublier, laisser les enfants seuls sans leur avocat à leur côté face à un avocat de la défense et dès que un enfant donne une inexactitude l’utiliser pour le déstabiliser encore plus
  • exacerber le poids du groupe, du nombre contre un enfant qui est lui placé dans le box des accusés
  • dire aux enfants « t’es un menteur » et les impressionner
  • créer un désintérêt médiatique pour les enfants
  • empêcher les enfants de parler à la barre lors du procès en appel

2) Remettre en question le travail de la justice

  • créer une stratégie visant à faire oublier dossier de l’instruction pourtant bien préparé
  • critiquer sans retenue le contentieux de la détention
  • préparer en amont la tenue de la cour d’assises pour mieux y manipuler les magistrats et les jurés

3) Utiliser les médias

  • créer une hostilité médiatique envers le juge d’instruction
  • faire gagner le procès médiatique aux agresseurs
  • orienter les journalistes : les avocats donnent des informations aux journalistes en faveur de la défense

4) Appliquer une stratégie globale de défense

  • réunir le groupe des agresseurs pour faire croire à leur innocence
  • exacerber l’oralité des débats par des heures interminables d’audience
  • adopter une défense commune
  • désorganiser le procès : faire citer à la dernière minute 150 témoins et démultiplier les témoins de moralité
  • créer de la dispersion au sein de la cour
  • utiliser les croyances communes, les « on dit », pour prouver l’innocence et emporter l’adhésion de l’opinion publique, utiliser le mécanisme de la rumeur
  • créer un réaménagement de la salle d’audience en faveur de la défense : dans le box des accusés ont été placés les enfants victimes de viols – « spectateurs de leur procès »
  • rendre impraticable le droit dans son cadre habituel, dans son rituel immuable
  • prendre le pouvoir lors du déroulement de l’audience
  • mettre en cause les travailleurs sociaux et les familles d’accueil
  • adopter une stratégie de sape de l’expertise judiciaire des enfants et de harcèlement des experts

Le constat de l’utilisation de la stratégie d’agresseur dans le cadre judiciaire n’est que le reflet de la culpabilité des agresseurs.

Il est important de le comprendre pour prévenir les violences sexuelles. Les attitudes, les prises de position, les comités de soutien, les mots peuvent tous jouer en faveur des agresseurs.

Aussi est-il important de savoir de quel côté on se place.

Etre du côté des enfants, c’est se méfier des attitudes des agresseurs, c’est refuser leur stratégie et la dénoncer.

Etre du côté des enfants, c’est défendre les enfants, toujours.

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Capture d’écran du documentaire de Serge Garde

Etre du côté des enfants, c’est ne pas critiquer leurs attitudes ni avant ni après les violences sexuelles ni les remettre en question, car seuls sont responsables les violeurs.

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