Prévention et violences conjugales

La prévention des violences sexuelles envers les enfants doit nécessairement intégrer celle de la prévention des violences conjugales. Pourquoi ?

Car, tout parent violent à l’égard de l’autre, n’est pas un bon parent pour l’enfant.

Car, tout parent qui se montre violent envers l’autre parent, ne sécurise pas le quotidien de la vie de l’enfant.

Car, tout parent qui violente l’autre parent, rend l’enfant victime également des violences conjugales.

Or, les conséquences traumatiques pour les enfants, des violences conjugales auxquelles ils assistent sont de la même ampleur que celles qu’ils subissent en étant victimes de violences sexuelles.

Assister, impuissant à une scène de violences entre ses parents, c’est être victime aussi.

Ainsi, l’enfant constate-t-il, sans même pouvoir le comprendre, que la toute puissance du parent violent réussit par les violences qu’il fait subir, à faire taire, punir et même mourir l’autre.

Ainsi, l’enfant intègre-t-il le fait qu’il faut craindre en permanence la toute puissance du parent violent.

Ainsi, l’enfant comprend-il définitivement que son corps n’est plus à lui, n’est pas à lui.

Or, prévenir les violences sexuelles, à tout âge de l’enfant, c’est d’abord, lui expliquer et lui démontrer que son corps lui appartient. Que personne n’a le droit de toucher son corps, de surcroît ses parties intimes.

Dans un contexte de violences conjugales, comment l’enfant peut-il croire à cela ? Alors que le parent violent ne respecte pas l’intégrité du corps de l’autre parent ?

 campagne-cfcv-luttecontreviolencesconjugales
Campagne du CFCV  visant à lutter contre les violences conjugales et à protéger les enfants

Prévenir les violences sexuelles envers les enfants, c’est donc créer un quotidien de vie sécurisant pour l’enfant, en lui octroyant un développement serein visant son épanouissement.

Quelques données sur les violences conjugales :

  • Les victimes de violences conjugales sont massivement des femmes
  • Les hommes sont massivement les auteurs des violences conjugales
  • Toute femme peut un jour être victime de violences conjugales
  • La violence conjugale n’a rien à voir avec les forces ou les faiblesses de la personne victime, c’est un acte de domination. L’homme violent veut contrôler sa femme. S’aimer, c’est être dans une position égalitaire, c’est respecter l’intégrité psychique et physique de l’autre. Les violences conjugales sont intentionnelles. Elles sont faites exprès. On n’agresse pas la personne qu’on dit aimer sans le faire exprès.
  • La violence conjugale se met en place progressivement. Elle prend des formes multiples : violence psychologique (rabaisser la personne), violence verbale (faire du mal par la parole), violence économique, violence physique, violence sexuelle.
  • On ne naît pas homme violent, on apprend à le devenir :

« L’histoire collective et personnelle, la construction sociale, le poids d’une culture patriarcale conduisent certains hommes à des comportements sexistes et violents envers les femmes. L’homme violent à souvent deux visages : charmant, merveilleux dans la vie sociale, tortionnaire, méprisant et jaloux à la maison. L’homme violent avec sa compagne n’est pas systématiquement un alcoolique, un rustre, une personne issue de milieu défavorisé, un personnage autoritaire ou violent avec tout le monde. Très souvent l’homme violent n’est pas soupçonnable, il ressemble à monsieur tout le monde, votre voisin de palier, l’homme courtois qui rend service à tous dans le quartier ou le village, ce séducteur à qui personne ne résiste, le cadre dynamique que toutes et tous trouvent fantastique, ce chef d’entreprise performant, l’homme aux multiples responsabilités, l’homme dont la fonction force le respect… »

Pour aller plus loin, on vous invite à consulter :

– les chiffres du site stop-violences-femmes.gouv.fr, plateforme gouvernementale dédiée à la lutte contre les violences faites aux femmes y compris les violences conjugales 39.19,

– la page du site de la Fédération Solidarités Femmes consacrée aux violences conjugales et

– l’enquête statistique relative aux violences conjugales du Collectif Féministe contre le viol concernant les appels reçus en 2003 sur la ligne Viols-Femmes-Informations 0.800.05.95.95.

Si la prévention des violences sexuelles à l’encontre des enfants doit donc nécessairement intégrer la prévention des violences conjugales, alors voici quelques outils pour vous accompagner dans votre parcours de prévention. 

Tout d’abord, la vidéo du juge Edouard Durand suite à la parution de son ouvrage : Violences conjugales et parentalité : protéger la mère, c’est protéger l’enfant.

Edouard Durand explique en des termes très précis ce que sont les violences conjugales, dans quels systèmes elles s’insèrent : la domination masculine, la puissance paternelle et le patriarcat et comment elles rendent les enfants victimes des violences conjugales. Aussi pour lui, prévenir et lutter contre les violences conjugales, c’est nécessairement protéger le parent victime : la mère. Car protéger la mère, c’est protéger l’enfant.  

Puis, le petit film romancé de Tom et Léna, un frère et une soeur devenus adultes qui racontent ce qu’a été leur vie, enfants, face à leur père violent, face à leur père qui battait leur mère. Ils nous racontent ce que sont les violences conjugales de leur point de vue d’enfants et quelles en ont été les conséquences pour eux. Il s’agit là d’une conversation entre deux adultes dans leur maison de famille. Aucune scène n’est violente ni choquante. Voir aussi la page des outils diffusés par le gouvernement.

tometlena

Egalement, le livre de Swan Nguyen qui raconte comment on passe du Prince Charmant à l’homme violent. Il s’agit d’un ouvrage qui vise à prévenir les violences conjugales.

« Contrairement aux idées reçues, la légende du Prince et de la Belle se termine souvent très mal quand le conte de fée tourne au cauchemar. Beaucoup de chansons très connues dénoncent d’ailleurs la brutalité conjugale : c’est la Cendrillon de Téléphone, Gros con des Fatals Picards, Femmes battues de Pierre Perret… Swan Nguyen analyse avec minutie les étapes de cette histoire, malheureusement trop fréquente, pour que soient prévenues et dénoncées les violences conjugales. Les autrices nous proposent des clés pour démasquer l’imposteur, réagir assez tôt afin de ne pas vivre l’emprise et permettre aux proches, aux amis, d’avoir le moyen d’aider une Belle en détresse qui ne peut souvent s’en sortir seule« .

A lire d’urgence par toute femme comprenant que quelque chose ne va pas dans son couple, ou en détresse à cause d’un homme qui veut la dominer. A lire absolument par toute personne souhaitant aider une victime de violences conjugales.

S’agissant des effets des violences conjugales sur les enfants, Swan Nguyen nous explique que

« les violences vues ou subies à la maison annulent le rôle protecteur et bienveillant des parents. L’univers familial est synonyme de peur et la socialisation de l’enfant se réalise difficilement. Un environnement violent générant de la crainte fait de l’enfant une victime, et l’enfant-victime risque de devenir adulte-victime ou adulte-agresseur. 

 Ainsi, les violences conjugales sont le résultat de carences éducatives. […] c’est toujours le résultat de grandes souffrances personnelles, résultat si fréquent qu’il faut le considérer comme un fait social. 

Ce sujet des violences conjugales doit être pris  la base car si on prend le problème en son milieu, on n’en règle que la moitié. L’enfance en est certainement le point de départ, car c’est l’âge où tout est absorbé. Les enfants sont des éponges: s’ils voient le bien et la douceur, ils l’apprendront ; s’ils voient la violence et la souffrance, ils la répéteront. 

Quand papa hurle toute la journée après maman ou quand papa frappe maman, l’enfant apprend malgré lui des règles perverses. Du fait de cet apprentissage, les violences subies pendant l’enfance peuvent ensuite surgir dans le présent.  […]

[Or,] nous avons tous besoin de nous protéger. Ce besoin de nous protéger et de nous cacher de l’horreur nous fait penser que tout cela n’est pas possible. [Pourtant] pendant que nous nous rassurons en refusant d’imaginer la sauvagerie, celle-ci se développe et se réalise bien au-delà de ce que nous ne désirons pas imaginer. Portes ouvertes, tout peut être dépassé, à commencer par les protections que nous mettons en place. 

C’est certainement au sujet des enfants qu’il est le plus difficile d’ouvrir les yeux. Pour un enfant maltraité ou témoin de violences, parler est une difficulté souvent insurmontable. Mais si cet enfant n’ose pas parler, il attend que quelqu’un le fasse pour lui. Aussi, sachons nous protéger sans éviter la réalité. Admettons les violences : c’est le seul moyen de les combattre« .

swan-ngyen

De manière générale, la question des violences conjugales représente un réel défi pour la parentalité. C’est tout l’objet d’un ouvrage écrit à trois mains : Karen Sadlier, Edouard Durand et Ernestine Ronai.

« Notre société a pris conscience des effets délétères des violences conjugales sur l’enfant. Elle a plus de difficulté à admettre les perturbations induites par ces violences dans l’exercice de la parentalité. L’idée assez répandue qu’« un mari violent peut être un bon père » est une construction sociale mise à mal par toutes les études. Qui plus est, la violence conjugale affecte également la capacité parentale de la victime. Cet ouvrage propose d’explorer la parentalité face à la violence conjugale sur les axes psychologiques, sociaux, politiques et judiciaires, autant dans le couple parental que dans la relation parento-infantile. Il propose tous les éléments nécessaires à la mise en œuvre de bonnes pratiques par les professionnels de la protection l’enfance. »

violencesconju-defi-parentalite

Enfin, le guide du gouvernement afin de lutter contre les violences conjugales : Victime ou témoin de violences conjugales, que faire ? Sachez que vous pouvez être aidée. Les dispositifs d’accompagnement des femmes victimes de violences conjugales ont été renforcés : vous pouvez demander à être protégée ainsi que vos enfants à l’aide d’une ordonnance de protection, vous pouvez bénéficier d’un téléphone grand danger, vous pouvez être hébergée ainsi que vos enfants temporairement dans un lieu sécurisé.

Un doute, une question, des interrogations, deux numéros :

affiche_2015-3919

cfcv-logo

Publicités