Lire en Short ou l’art de dissimuler les violences sexuelles

En 2015, le Ministère de la Culture et de la Communication a lancé la première édition de Lire en Short.

Il s’agit de la grande fête du livre pour la jeunesse. Son titre « Lire en short » se veut l’évocation :

  • de l’été où les enfants sont habillés en short et
  • des grandes vacances comme étant un moment de loisirs.

Aussi, pour faire simple, Lire en short vise à permettre aux enfants d’accéder à des livres durant les grandes vacances. L’affiche proposée pour le lancement de la première édition était la suivante :

Que voyons-nous ? Seraient-ce des jambes d’enfants ? Et, sur l’affiche principale de l’événement, seraient-ce les jambes d’une fillette qui porte à ses pieds des sandales à fleurs, doigts des pieds peints d’un vernis rouge tout comme les doigts de ses mains ? Et dont le corps ou plutôt le bas du ventre serait caché par un genre de short ouvert, en forme de livre ?

A bien y regarder, on est en mesure de réellement s’interroger.

Quel est le message que doit retenir un enfant – qui est le premier public de cette manifestation – lorsqu’il regarde cette affiche ? Que doit-il comprendre ? Toutes les réponses sont ouvertes.

Or, la deuxième édition de l’événement se prépare. Le Ministère l’avait même annoncé, il y a un an !

Les heureux se préparent donc à croiser le chemin des plus jeunes lecteurs durant l’été 2016. Et, cela sur toute la France. L’événement est relayé par des sites et des éditeurs jeunesses.

Or, au hasard du suivi d’une page Facebook relative à la littérature jeunesse – page annotée « site pour enfants/ados » qui recense près de 11 673 personnes, nous découvrons l’affiche partagée suivante :

Et, visiblement, cela ne choque pas, n’interroge pas. Non, cela fait même bien rire. Le site qui a partagé l’affiche nous explique d’ailleurs « c’est de l’humour« . Car, en effet, la pédocriminalité fait rire ; surtout en France où les sanctions sont exemplaires en la matière !

Alors, pour notre part et face au sujet qui nous intéresse à savoir la prévention des violences sexuelles envers les enfants, nous posons les questions suivantes :

– connaissez-vous une autrice ou un auteur jeunesse qui dédie l’ensemble de son travail, de ses ouvrages au respect du corps des enfants et à la prévention des violences sexuelles commises à leur encontre ?

– cette autrice ou cet auteur sera-t-elle/il présent.e ou invité.e lors de l’événement Lire en short 2016 et ses ouvrages valorisés ?

– existe-t-il une maison d’édition jeunesse spécialisée dans la prévention des violences et en particulier des violences sexuelles commises à l’encontre des enfants ? Celle-ci sera-t-elle l’invitée de Lire en short ?

– existe-il sur le site du Centre national du livre une page dédiée aux ouvrages visant à prévenir les violences et notamment les violences sexuelles envers les enfants ?

– l’événement Lire en short se fait-il le porte parole d’un accompagnement nécessaire à la prévention des violences sexuelles alors même que près de 300 000 enfants vont y participer ?

– le programme de Lire en short vous invite-t-il à partager une soirée thématique sur la question de la prévention des violences sexuelles envers les enfants ?

Dans notre société où les outils manquent de façon criante pour prévenir les violences sexuelles envers les enfants, peut-être conviendrait-il déjà de prendre conscience que tout événement public organisé par l’Etat pour les enfants doit respecter ce qu’ils sont : des individus dignes que quiconque doit respecter et dont quiconque doit respecter le corps.

Peut-être serait-il souhaitable que l’Etat use d’une démarche préventive à tout instant lors de l’élaboration et de la mise en oeuvre d’actions à destination des enfants.

Peut-être serait-il important que l’Etat possède une conduite exemplaire respectueuse des enfants non uniquement dans les textes juridiques qu’il participe à édicter.

Peut-être serait-il indispensable que l’Etat promeuve à tout instant et dans toutes ses actions une société non sexiste et non violente.

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