Prévenir les violences, c’est écouter

Il y a 30 ans, naissaient de la volonté de bénévoles d’agir face aux violences sexuelles dont étaient victimes les femmes, le Collectif féministe contre le viol et sa ligne d’écoute anonyme et gratuite : Viols – Femmes – Informations 0.800.05.95.95.
« La spécificité de l’écoute de « Viols – Femmes – Informations » vient du fait que nous ne nous considérons pas comme des « spécialistes » ; même si après 30 ans de pratique nous sommes sans doute les personnes qui ont écouté le plus grand nombre de femmes victimes de viol.
Nous sommes des femmes qui savent qu’elles-mêmes peuvent être agressées pour viol ; toute femme peut être victime de cet acte barbare qui se perpétue dans notre société, société qui « autorise » le viol, puisqu’elle le suscite, elle le favorise, parce qu’il est rapport de force des hommes sur les femmes, négation de la femme en tant qu’individu.
C’est pourquoi, notre premier objectif est que celle qui nous appelle retrouve son identité, ses capacités de choix, conscience de sa force et de sa volonté.
Il n’est question ni de la plaindre, ni de vouloir lui faire suivre un schéma pré-établi de démarches.
L’écouter, c’est d’abord la croire, être avec elle, lui proposer des pistes dynamiques pour sortir de la situation de victime, pour clarifier elle-même ce qu’elle peut assumer, avec son entourage, avec elle-même, face à ses problèmes de santé, de sécurité, de vengeance.
Ni se substituer à elle, ni perpétuer le silence, accepter son choix.
Nous avons constaté que les femmes, malgré les violences qui leur sont faites, malgré les souffrances qu’on leur inflige, refusent que leur vie soit gâchées par les conséquences de ces agressions. Elles cherchent tous les moyens possibles pour continuer à vivre comme avant. C’est pourquoi nous mettons en valeur dans l’entretien la force et l’énergie que les femmes manifestent en appelant.
Composer ce numéro de téléphone est le premier pas. Ce geste prouve une volonté d’avancer, de ne pas se laisser enfermer dans le silence.
On a trop souvent incité les femmes à se taire en leur disant qu’il valait mieux oublier. Elles sentent, elles savent pourtant que c’est ce silence qui les empêche de vivre, parce qu’il créé en elles un sentiment de culpabilité. On a tellement dit et répété aux femmes que c’était leur faute si elles étaient violées… Coupable d’être en jupe, en pantalon, dans la rue trop tôt, trop tard, trop belle, trop provocante… On leur a tellement dit, qu’elles ont honte du crime dont elles sont les victimes. Elles se taisent.
Le silence qu’on leur impose les empêche de dénoncer les violeurs. C’est pourtant cette dénonciation qui permettrait de reconnaître et d’analyser les fondements culturels des viols.
Lorsqu’elles expriment la volonté de ne rien dire à leur entourage, nous respectons cette volonté tout en réfléchissant avec elles à ses conséquences : l’isolement pour elles, l’impunité pour le violeur dont la réputation morale reste intacte.
Trouvant une écoute en dehors de tous liens affectifs ou professionnels, les femmes peuvent parler librement. La permanence, lieu de parole et de solidarité, sans visée thérapeutique, les aide à affronter la réalité de ce qu’elles ont vécu. Celles qui le souhaitent trouvent ainsi un appui dans les démarches qu’elles veulent poursuivre.
Pour nous, après un viol, les femmes ne sont ni des « malades, ni des victimes-à-vie ». Nous cherchons avec elles comment elles peuvent agir concrètement pour sortir des situations d’enfermement et surmonter l’atteinte à leur intégrité. Parler à d’autres femmes les libère du sentiment qu’elles éprouvent d’être isolées, bizarres, ou de douter de ce qu’elles sentent.
Au contact de la permanence « Viols – Femmes – Informations », chaque femme découvre, ressent qu’elle n’est pas la seule à avoir subi un viol. Ainsi il devient possible pour elle de se considérer comme « normale » en constatant que ce sont les situations créées par les violeurs qui sont anormales, et que le « problème » ne vient pas d’elle. »
CFCV – Bulletin d’information – 8 mars 1987 – p. 13-14
 
Voici la nouvelle campagne du CFCV – Viols Femmes Informations : Mémoires : après un viol, en parler c’est commencer à se reconstruire – cliquez sur l’image pour écouter la campagne. 
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